18 – Le plaisir et l’échange

Publié le par Ya Santal

   Le plaisir a trois origines et se réalise dans l’échange.
  L’échange est un double flux inversé. À chacun des deux flux correspond un type de plaisir : celui de donner et celui de recevoir. La capacité à éprouver ces deux plaisirs est indispensable pour l’épanouissement de la personne. Un déséquilibre dans cette capacité perturbe les échanges. Celui qui donne avec facilité, mais se sent coupable de recevoir, s’épuise et à son insu, réduit son flux donneur. De plus, il prive son entourage du plaisir de donner. Il s’ensuit des troubles individuels et collectifs. Que ce soit dans un sens ou dans un autre, le déséquilibre des échanges conduit vers une réduction de leurs quantités et de leurs qualités.
  La troisième source de plaisir s’obtient en dérogeant à la règle du libre consentement mutuel. Ce plaisir porte en lui sa propre fin. En nuisant à l’entourage, il affaiblit le potentiel social et par réaction va susciter des forces individuelles et collectives dirigées contre son auteur.
  Ce troisième plaisir signale la limite entre la nature et la culture. En effet, Autant, le rapport de force est une composante structurante de la vie animale, autant il est un poison dans la vie culturelle de l’homme. En effet, la force est incompatible avec les lois de l’information qui structurent la culture. La prééminence de la force sur la vérité anéantit toute production rationnelle. Elle perturbe le réseau informationnel constitué par les personnes reliées entre elle par la communication. La capacité d’échange des personnes contraintes physiquement ou mentalement est réduite par l’inadéquation de l’échange forcée et est profondément perturbée par la souffrance  causée par la perte de la liberté. De plus, les échanges sont rendus plus difficiles après une agression par le ressentiment qu’elle génère.
  Dans la nature, les échanges se font essentiellement dans le rapport de force. Ils sont à l’origine de la vitalité de la biosphère par la sélection naturelle. À l’opposé, l’épanouissement de la culture rejette la violence qui efface l’information en détruisant son support. En tuant un homme, en détruisant des ouvrages, des œuvres d’art, des monuments, on supprime l’information qu’ils contiennent, on anémie la culture dont dépend l’épanouissement de l’espèce humaine voire de sa survie.
  La pertinence de l’information est une vertu de la raison et non celle de la force.
  Ce plaisir égocentrique est naturel, il est inné, il ne s’apprend pas car il est l’ultime recourt de la pulsion de vie pour préserver l’intégrité physique. En revanche, si l’homme veut se distinguer des animaux et jouir pleinement de sa puissance mentale il doit apprendre les règles qui sont propres à sa nature culturelle. N’oublions pas que la définition de la culture est l’ensemble des connaissances transmises par l’apprentissage. Aussi, la culture n’existe et ne se perpétue que par l’apprentissage. En France, le courant de pensée philosophique dominant suspecte toutes les morales au point que prononcer le mot « morale » devient presque une obscénité. En l’absence d’un consensus, l’Etat se défausse sur la famille. Celle-ci devient un lieu de production d’inégalité morale dont la frontière dépasse celles des classes sociales.
  Si l’échange est le fondement de la civilisation, ses règles doivent êtres enseignés.
  La mission de l’éducation est de développer la capacité d’échange. Elle y réussira en formant le goût pour la paix au point que la violence inspire une profonde aversion. En apprenant à donner  et recevoir avec la même facilité dans la lucidité, sans la naïveté de l’innocent et en traquant les troubles psychologiques qui perturbent l’équilibre de ces flux, elle produira des citoyens épanouis, productifs, créatifs et adaptables. La finalité de cette éducation est l’autonomie car l’autonomie se mesure à la capacité d’échange.

Publié dans Les valeurs morales

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