24 - Une culture en trompe l’oeil

Publié le par Ya Santal

   La morale de l’argent a secrété une culture séduisante à bien des égards. Cette séduction tend à légitimer la morale de l’argent fondement d’une culture dont les réussites occultent ses lacunes mortelles.
  L’assimilation de cette morale est d’autant plus aisée qu’à la prospérité économique de cette culture s’ajoute la possibilité d’une grande confiance en elle. En effet, cette confiance semble justifiée par la similitude de ses valeurs avec celles des morales traditionnelles proches de la Morale de la vie.
  La morale de l’argent chante la liberté, l’égalité, la justice, la paix, la fraternité, la démocratie et la protection de la vie. Mais la finalité de la morale de l’argent pervertit les effets de ses valeurs.
La liberté, valeur fondamentale de la société libérale n’est pas égale pour tous. Elle est proportionnelle au pouvoir de l’argent.
  L’égalité devant la loi n’est qu’un slogan. Le pouvoir procédurier des plus riches influence la justice en leur faveur. Aux USA la justice apparaît de plus en plus comme une entreprise à profit pour les plaignants.
   La fraternité est valorisée, mais cette attitude cache des arrière-pensées vénales. L’encouragement louable à l’action bénévole profite largement aux entreprises. En effet, le bénévolat pallie les insuffisances de l’action sociale et culturelle de l’économie de marché. La fraternité à travers le bénévolat améliore les profits en allégeant les charges. Par ailleurs, quand les entreprises se lancent dans le mécénat, leur motivation relève davantage de l’économie que de l’altruisme. Les actions vaines, mais qui améliorent leur image, sont préférées à celles dont l’urgence des besoins ne leur apporte un retour stratégique réduit.
  La démocratie tant vantée par le libéralisme est en réalité pervertie par les puissances d’argent qui la contrôle en partie.
  La démocratie dans les pays libéraux est une délégation de pouvoir à des représentants souvent avides de pouvoir qui se valorisent comme des marchandises en faisant appel au marketing. Après leur élection, leur action politique est largement influencée par leur dette envers les financiers sponsors, au mépris de la démocratie.
  L’organisation sanitaire et sociale, l’efficacité des hôpitaux et les investissements pharmaceutiques considérables engagés pour la défense de la santé donnent à penser que la protection de la vie est cœur des préoccupations dans les  économies libérales. Mais cette sollicitude ne profite qu’aux seuls acteurs économiques et les investissements ne sont réalisés qu’en fonction des profits espérés. Ainsi les citoyens dépourvus de fortune ou de travail seraient exclus de cette protection s’ils ne bénéficiaient pas de la solidarité d’une sécurité sociale. De même, les maladies qui sévissent essentiellement dans les pays en voie de développement sont négligées par les laboratoires pharmaceutiques.
 Certes, dans l’Europe humaniste l’actions des politiques sociales luttent pour maintenir la protection universelle, mais dans les pays aux économies libérales triomphantes, le droit aux soins fait l’objet d’une discrimination par la richesse. 
 Dans ces pays, les pauvres et les sans emplois bénéficient parfois d’une assistance, mais la motivation politique de cette générosité apparente est clairement  d’ordre public et non la solidarité.   À cette paix achetée s’ajoute une docilité  modelée par les rêves illusoires de la société libérale que les médias font miroiter.
 Enfin, l’idéologie néo-libérale qui structure la culture de l’argent contient une contradiction flagrante. Derrière la vertu humaniste dont elle se pare en soulignant le rôle qu’elle joue pour favoriser la liberté et la démocratie, se cache une dictature impitoyable. Le pouvoir de l’argent en effet n’obéit à aucune règle démocratique. Il impose sa morale en se jouant des lois nationales. Au nom du profit supranational, il affame des populations productrices de matières premières, il court-circuite les stratégies d’évolution des entreprises qu’il ouvre et ferme au gré des opportunités, au mépris de leur pérennité et des hommes et des femmes qui s’y dévouent. Sans concertation, Il épuise les richesses naturelles, saccage l’environnement, détruit la biodiversité, sourd aux cris d’alarme et aveugle au désastre qui se prépare.
  La fascination pour la culture de l’argent trouve aujourd’hui ses limites dans la constatation des effets indésirables qu’elle engendre. Le doute est amplifié par l’impression que l’homme est dans l’incapacité de maîtriser une culture dévastatrice qui profite à une minorité mais dont les nuisances sont supportées par toute l’humanité et le seront pour des générations entières.
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