27 - Démocratie et libéralisme

Publié le par Ya Santal

  La culture de l’argent prône la démocratie, parce que ce choix d’organisation du pouvoir politique a fait les preuves de sa capacité à une gestion de la société dans la paix et la durée. En réalité, ce choix ne procède pas d’une conception humaniste de la société. La démocratie est préférée aux autres types d’institutions parce qu’elle est davantage en accord avec les valeurs de l’économie libérale.
  Toutefois, La culture de l’argent s’accommode fort bien de toute forme de gouvernement pourvu qu’il adhère à l’idéologie libérale. Les peuples qui ont exprimé la volonté de s’en éloigner se sont vu imposée une dictature. Les Chiliens en ont fait la difficile expérience. Le pouvoir financier s’impose sur la volonté des peuples autant que sur leurs institutions.
  Cette dictature financière pervertit les démocraties.
  Les démocraties tellement vantées par le libéralisme subissent une lente érosion de l’extérieur par le pouvoir du capitalisme mondial et de l’intérieur par la désagrégation des valeurs citoyennes sans lesquelles la démocratie ne peut exister.
  Depuis la fin des idéologies, avec la mondialisation, la démocratie a perdu de son efficacité. Le rôle dévolu aux gouvernements de garantir la prospérité en gérant la croissance tout en restant dans les rails du libéralisme a vidé en partie de son sens les mandats électoraux. L’élu n’est plus le représentant du peuple dont il exprime les doléances, mais un technicien subordonné dans ses décisions à la rigueur de l’économie mondialisée. Sa fonction est ainsi dépréciée aux yeux des électeurs qui hésitent à se déplacer pour s’exprimer par un vote sans influence.
  À cette atrophie de la démocratie par la réduction du pouvoir politique, s’ajoute la désaffection d’un citoyen de plus en plus irresponsable. L’origine de son ignorance du fonctionnement des institutions et des valeurs morales est à chercher dans la conception de la liberté libérale.
  Selon cette liberté, la famille est le seul lieu légitime de l’éducation. Or la dissolution de la tradition au sein des familles a pour conséquence la disparition progressive d’une culture individuelle civique et morale. Le citoyen n’a plus le niveau de civilisation nécessaire pour faire fonctionner correctement la démocratie. Il éprouve de plus en plus de difficultés à se soumettre aux rigueurs des règles dont les fondements lui échappent.
  La France est un exemple de ces pays où la population conserve en elle-même un puissant idéal. Mais, faute d’éducation, le citoyen est incapable d’accepter la discipline démocratique et rend son pays quasiment ingouvernable.
  Le fonctionnement des contre-pouvoirs dans ce pays est révélateur du déclin de la maturité politique.
  Normalement, l’existence des contre-pouvoirs révèle la bonne santé  des démocraties, à la condition qu’ils respectent ses règles.
En France, le fonctionnement politique de la démocratie représentative est constamment perturbé par des contre-pouvoirs trop puissants qui feignent de confondre la démocratie populaire de la démocratie représentative. Cette tromperie abuse le citoyen mal informé d’autant plus facilement que la liberté libérale l’invite à s’exprimer au nom d’elle-même. Les manifestations de rue et les grèves bloquent régulièrement les décisions du gouvernement dont le contrôle revient légalement au Parlement élu démocratiquement.
  L’attitude des Français face au libéralisme révèle une opinion complètement égarée. Le citoyen est partagé entre les bienfaits espérés de l’abondance que procure le libéralisme et les méfaits de sa logique inhumaine. Cette contradiction et l’impuissance des gouvernements à résoudre les problèmes de société plongent le citoyen dans la perplexité. Cet état d’incertitude le rend sensible aux courants démagogiques qui expriment ses craintes. En l’absence d’un positionnement clair des partis politiques et d’une pédagogie active, le citoyen se laisse entraîner sur le terrain démagogique d’une opposition frontale au libéralisme.
  La fin des idéologies a libéré les ambitions personnelles des contraintes qu’imposaient des justifications idéologiques. L’habileté et le machiavélisme sont devenues les principales qualités requises pour réussir en politique.
L’absence de vision conduit la classe politique à se soumettre plus ou moins hypocritement au pouvoir économique et financier. Le laboratoire d’idées que devrait être les partis politiques s’est transformé en tremplin pour des ambitions personnelles. Les problèmes des électeurs ne sont plus au cœur de la réflexion politique.
  Les élus sont absorbés par la stratégie de conquête ou de conservation du pouvoir de leur parti. Ils manquent de temps pour appréhender la complexité et la diversité de la réalité du terrain.
Enfin, la discipline imposée aux élus pour rester uni derrière les décisions du parti en vue de la conquête du pouvoir restreint leur rôle de représentant.
  La démocratie est la fierté des sociétés industrielles. Mais cette fierté cache un grand embarras. Le fonctionnement des institutions sous l’influence délétère de la morale de l’argent déçoit un nombre toujours plus grand de citoyens. Dans la culture de l’argent, la démocratie perd son âme et son efficacité.
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