28 – Reconnaissance et pouvoir dans la culture de l’argent

Publié le par Ya Santal

  L’argent remplit trois fonctions de nature différente : une fonction économique en tant que moyen d’échange une fonction politique par le pouvoir de décision que lui donne le capital et une fonction psychologique avec la reconnaissance qu’on témoigne au possédant.
  La reconnaissance et le pouvoir créent des conditions très favorables pour amplifier les échanges immatériels individuels, c’est pourquoi ils sont naturellement l’objet d’une quête acharnée. Le statut qu’ils confèrent suscite respect, admiration et envie. Le pouvoir donne à l’individu l’initiative des échanges tandis qu’avec la reconnaissance, c’est le groupe ou la société qui souhaitent en avoir avec lui.
  Dans la culture de l’argent, les qualités et les compétences qui normalement justifient la reconnaissance et l’exercice du pouvoir sont couramment remplacées par la simple possession d’un capital.
  L’acquisition d’un capital exige souvent moins de temps que celle des compétences, par ailleurs la quantité de l’effort pour l’acquérir n’influence en rien le niveau d’admiration envers son possesseur. Bien au contraire. Aussi une grande partie des nouvelles générations préfèrent rechercher son acquisition dans la facilité plutôt que dans l’effort. C’est ainsi que la malhonnêteté, la rouerie, la fourberie la tricherie et le hasard sont des voies de plus en plus empruntées pour rechercher la richesse. Les candidats ne craignent pas le regard des autres car, face à l’argent, la vertu libérale s’incline.
  Les échanges de natures techniques, artistiques et affectives exigent pour se réaliser du temps, des efforts, et des qualités. La culture de l’argent n’incite pas à se les approprier car, avec l’argent, il est facile de court-circuiter l’effort de leur acquisition.
  Si la reconnaissance et le pouvoir, générés par des qualités personnelles, favorisent des échanges riches et de toutes natures, lorsqu’ils sont obtenus par l’argent, ils ne débouchent que sur des échanges marchands.
  En l’absence de qualités et de compétences à échanger, l’individu utilise l’argent pour s’approprier celles des autres. Dans la recherche de partenaires, plutôt que le recours à la séduction mettant en œuvre de nombreuses qualités comme la persévérance, l’humour, l’érudition, la générosité, l’intelligence, la tendance est de céder à la facilité du pouvoir de l’argent et de le faire miroiter pour s’attirer les faveurs des personnes convoitées.
  Le pouvoir de l’argent exerce ainsi une pression constante pour tout transformer en marchandise. Rien n’échappe à ce véritable diktat. La nature, l’amour, les corps, les sentiments, les privilèges, la gloire, l’impunité, la liberté, tout s’acquiert à condition d’en avoir les moyens.
  L’argent est vénéré. Sa capitalisation est l’ultime signe de la réussite dans la culture de l’argent. Mais son pouvoir reste le privilège d’un petit nombre même si sa possession est théoriquement accessible à tous.
  L’argent n’est plus un instrument d’échange pour protéger et épanouir la vie. Il est un pouvoir d’acquisition dont la limite morale est celle de la puissance financière aveugle aux intérêts de l’espèce humaine et de ses membres.
  La substitution du pouvoir de l’argent aux qualités personnelles atrophie la qualité des échanges. Cette détérioration culturelle individuelle atrophie les flux d’échanges  immatériels. Il plonge l’individu dans une solitude paradoxale puisque jamais les hommes n’ont été aussi concentrés et proches physiquement des uns des autres et disposant de moyen de communication planétaire.

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