30 – Être le premier ou rien

Publié le par Ya Santal

  La compétition est un des moteurs de la nature à l’origine de l’évolution et de la diversité. Dans le libéralisme, elle stimule l’innovation et favorise la productivité. Mais dans la culture de l’argent, l’honneur de la compétition sportive est perdu. Les concurrents sont des adversaires qui s’opposent sans pitié, encouragés par la légitimité de leur lutte fratricide que leur confèrent les acclamations sans discernement adressées au vainqueur.
   La valorisation exagérée de la place de premier trace le chemin de l’individualisme, de la triche, de la violence et de la solitude.
   Ainsi dans le sport, le premier est souvent un individu difforme, exagérément développé dans un domaine spécifique et atrophié sur les autres. Rabaissé au rang de produit commercial, son gain est la gloire et parfois l’argent. Il se bat comme un héros pour le podium d’où il sera chassé le lendemain. Et pour ne pas tomber dans l’oubli, cruel échec de tant d’efforts, il tentera de vivre de sa difformité comme une bête de foire ou comme formateur entraînant les jeunes aux sacrifices de leur épanouissement vers le destin hasardeux de premier.
   La culture de l’argent valorise les premiers. La gloire éphémère du premier à pour finalité économique de remplir les caisses de ses sponsors. Et quand ils sont rémunérés, ils accumulent des investissements considérables qui font défaut à la formation de leurs admirateurs. Il ne reste à ceux-ci que le droit de dépenser leur argent en s’habillant comme les stars qui les ont spoliées et qui les invitent sur le chemin de l’atrophie des échanges.
   Il y aura toujours des premiers, des plus doués et des meilleurs pour nous offrir leurs talents dont on les remercie. L’inégalité dans la performance est génétique même si les résultats de l’effort la dépassent couramment. La quête de la première place si elle n’est pas un jeu gratuit constitue un comportement nuisible pour soi et pour les autres.
   Selon la culture dans laquelle se situe la compétition, le sens donné à celle-ci peut être radicalement opposé.
   Dans la culture de l’argent, la compétition invite à dépasser l’adversaire.  Elle renforce l’individualisme qui prône l’autoprotection.
   À l’opposé, dans la Culture de la vie, la compétition est une stimulation pour se dépasser soi-même, en se mesurant aux autres. À l’intensité du plaisir qu’engendre universellement le progrès personnel s’ajoute celui de l’échange avec les partenaires. Si la première place n’est pas souillée par l’argent ou quelques privilèges, les observations, les conseils, les craintes s’échangent généreusement aux profits d’une amélioration des performances de chacun, dans le plaisir de l’amitié et d’une évolution favorable du groupe. Car, l’amélioration d’un des membres du groupe dans une culture de l’échange profite à tous et est ressentie pour chacun comme un gain personnel.
   Le sentiment d’admiration vient moins du résultat exceptionnel que de la performance individuelle. Celle-ci, consacrée par l’admiration, est à la fois un hommage à l’espèce humaine si performante et un espoir pour chacun de disposer d’un tel potentiel.
   Quand on se reconnaît dans un héros, on se met à sa place et l’appréciation de ses qualités fait découvrir les ressources potentielles qui peuvent exister en soi. Les exploits contribuent à nous apprécier nous-même et à renforcer la confiance en nous et en notre espèce.
   Mais le premier ne peut inspirer une saine admiration qu’à la condition d’être un modèle moral. Le rôle du héros dans une culture cohérente est d’inviter à l’imitation des qualités et des valeurs qui l’ont propulsé au-dessus de la mêlé et dont le sens ultime est celui du respect  de la vie.
   La morale de l’argent attribue à la compétition une fonction d’échange marchand tandis que la Morale de la vie en fait une activité d’échanges immatériels. Avec la morale de l’argent, le sens de la compétition est celui de l’accumulation de l’argent par le sacrifice de la santé dans la solitude. Au contraire, avec la Morale de la vie, la compétition améliore les échanges en vue de l’épanouissement de la vie.
   La compétition selon la Morale de la vie invite au dépassement de soi dans le plaisir du partage. Elle amplifie les échanges créatifs de toutes natures grâce à la confiance et la solidarité.
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