33 - La solitude

Publié le par Ya Santal

   La vie est un produit de l’échange. Sa pérennité et son épanouissement dépendent de la quantité, de la diversité et de la qualité des échanges.
   La solitude physique place l’individu dans l’impossibilité d’avoir des échanges avec ses congénères. En revanche, elle favorise les échanges entre sa conscience et sa mémoire. Vécue dans la nature, elle facilite l’échange avec l’environnement.
   La solitude souhaitée ou imposée sur une courte durée est un moment privilégié pour la réflexion et la conduite d’analyse dont les conclusions sont utiles pour l’amélioration des échanges dans la vie quotidienne.
   En revanche, la solitude persistante et subie est source de grandes souffrances et provoque des dommages physiques et mentaux qui peuvent conduire à la mort. Dans la solitude prolongée, la pulsion de vie assoiffée d’échange torture l’esprit et le corps, aussi douloureusement que la soif et la faim.
   La contrainte à une longue solitude est un crime contre la vie. Rien ne peut justifier un tel traitement qui fait souffrir, affaiblit, n’apporte aucune solution et suscite la rancœur.
   La solitude est une torture propre. L’ignorance de son sens déculpabilise la société quand elle condamne à la souffrance de la solitude les délinquants, les personnes âgées et les minorités.
   L’isolement n’est pas la seule source de la solitude. Au sein de la société active, la mauvaise qualité des échanges enfonce l’individu, dans une solitude insidieuse.
   La culture de l’argent en modelant les individus et l’organisation de la société dans l’unique intérêt des financiers, privilégie les échanges marchants aux dépens de tous les autres. La détérioration des échanges entre les individus en est la conséquence malheureuse.
   L’envahissement de la télévision et des jeux multimédias dans la vie courante a réduit le temps des échanges humains.
   L’obsession de l’apparence concentre l’intérêt du citoyen vers la consommation qui est devenue sa principale distraction. Cette consommation en vue de ressembler aux modèles médiatisés isole l’individu dans un rôle de mannequin solitaire.
   L’idéalisation médiatique de la beauté et de la richesse considérées comme les qualités essentielles de la séduction nuit à la qualité des rencontres. Faute de richesse intérieure, la pauvreté des échanges dans les relations affectives contribue à fragiliser les unions amoureuses.
   La division de la société en classe d’âge freine les échanges entre les générations. Cette division est le fait de stratégies commerciales afin d’améliorer l’emprise des entreprises sur le marché. Elles créent artificiellement un sentiment d’appartenance à une classe d’âge autonome. Ce sentiment enferme les échanges à l’intérieur de ces classes. Les jeunes surdoués ou simplement matures éprouvent des difficultés à fréquenter des adultes expérimentés pour s’enrichir à leur contact, sous peine de suspicions douteuses. Les personnes âgées sont ignorées du reste de la population et réduites au silence quand elles ne sont pas convoitées par des chaînes de maisons de retraites onéreuses où elles sont de fait cloîtrées. Ce confinement générationnel appauvrit l’ensemble des échanges de la société et réduit la liberté individuelle.
   La faiblesse des investissements dans la réinsertion conduit au surpeuplement des établissements pénitentiaires et les réduit à des lieux de temps perdus. La souffrance lancinante de la solitude des détenus n’est soulagée bien souvent que par leurs échanges d’informations délinquantes.
La solitude est à la fois un sous-produit de la culture de l’argent et un atout économique. Par compensation, la consommation devient l’activité culturelle principale confortant l’isolement du citoyen.

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