45 - Le voile islamique

Publié le par Ya Santal

DSC01181.jpg    L’affaire du voile islamique qui a secoué la France en 2004 est un exemple significatif qui met en lumière l’état d’incertitude morale de ce pays partagé entre la culture de l’argent et son humanisme traditionnel.
   L’ampleur qu’a prise ce fait-divers et la réaction politique nationale qu’il a entraîné, révèlent cependant une conception spécifiquement Française de la culture.
   Alors que le voile islamique est porté dans les écoles d’un certain nombre de pays occidentaux sans provoquer de difficultés particulières, il était naturel que l’apparition de ce voile dans des écoles françaises provoquât de vives réactions.
   À la différence de bien d’autres pays, la Culture française s’inscrit dans une histoire conduite par un idéal humaniste. Elle a produit les droits de l’homme et depuis, poursuit son effort pour l’égalité des droits et en particulier ceux de la femme. La France subordonne sa culture à des valeurs volontaristes, tandis que la plupart des pays libéraux, au nom de la liberté, valeur suprême du libéralisme, refusent l’interventionnisme culturel. Ces pays acceptent que les valeurs ambiantes dont celles de l’économie se substituer aux valeurs traditionnelles.
   Une société qui poursuit un projet peut à juste titre s’exaspérer de voire ses efforts gênés par des symboles dont la signification pour elle, est incompatible avec ses propres valeurs. L’exhibition d’un vêtement affirmant la soumission de la femme est une incohérence morale qu’elle ne peut accepter.
   L’école publique française est le lieu privilégié de la transmission du savoir et des valeurs. Même si aujourd’hui les valeurs ne sont pas au programme scolaire, et que leur transmission n’est qu’implicite, les comportements qui leur sont contraires n’ont pas leur place dans ce lieu par simple cohérence avec l’idéal de ce pays.
   Avec cette attitude, en opposition avec d’autres pays plus libéraux, les Français participent à leur projet culturel. Ils affirment l’importance de la morale dans la culture. Ils expriment leur désaveu d’une idéologie néo-libérale qui fait reposer le destin des peuples uniquement sur la liberté individuelle et l’ordre public, avec pour seules limites des lois empiriques et aujourd’hui, les intérêts de la puissance financière.
   Cette affaire du voile islamique n’a pas seulement permis d’évoquer le problème de la place et de la fonction du symbole dans notre culture. Le voile islamique perçu comme un comportement invasif a posé la question de la confiance envers la religion musulmane.
   Avec la montée des extrémistes islamistes, les sourates du Coran qui appellent à la violence font naître une suspicion envers tous les musulmans, bien que la majorité d’entre eux soit modérée parce qu’il respecte la vie humaine.
   Pour restaurer ou renforcer la confiance et à condition que le respect de la vie soit acquis comme fondement, les responsables religieux devraient affirmer haut et fort l’adhésion de leur religion à la Morale de la vie. Et pour réduire encore les risques de déviance, les intellectuels musulmans devraient se livrer à une relecture du Coran. Ce livre depuis le VII siècle n’a assimilé aucune des avancées de la pensée  humaine dans son interprétation. La hiérarchie des valeurs est resté celle d’une époque de guerres tribales. Son apprentissage par cœur sans interprétation à travers la Morale de la vie est certainement un obstacle à l’évolution de la culture et des sociétés musulmanes.
   C’est pourquoi, en distinguant dans le contenu, l’éthique de la politique de celle de la foi, les écoles coraniques pourraient oublier dans leur enseignement le pouvoir, la conquête, la violence et toute atteinte à l’intégrité physique, pour laisser ce contenu aux historiens et aux curieux. Elles disposeraient ainsi davantage de temps pour se consacrer à l’étude des pages qui expriment avec talent le respect de la vie, des fidèles, des étrangers et de leur dieu.
   Une attitude sans équivoque des responsables religieux réduirait les foyers fanatiques et créerait les conditions pour que la communauté musulmane, grâce à la confiance retrouvée, reçoive l’accueil qu’elle mérite.
   La richesse culturelle inestimable qu’elle recèle et qui n’attend que des bonnes conditions pour se développer pourrait enfin être partagé sans réserve.
   L’évolution nécessaire de la culture musulmane en vue d’une meilleure adaptation à la modernité exige une attitude exigeante envers elle-même et un profond respect envers les autres cultures.
   L’appartenance à une culture ne justifie aucune discrimination. Chaque être humain, quelle que soit son origine, sa religion, son éducation, son niveau intellectuel, a droit à un respect identique. Les lacunes dont il pourrait souffrir doit susciter l’assistance des autres. En revanche, ceux qui souhaitent attirer toute la compassion et l’aide méritée ne doivent pas oublier que la cause première de leurs difficultés, se situe au cœur d’eux-mêmes, dans leur propre culture transmise de génération en génération. C’est donc vers cette cause première que des efforts doivent être dirigé avec l’aide des responsables, des chercheurs et de tous les intellectuels de cette culture dans une collaboration interculturelle.
   La morale de l’argent crée une culture dont la séduction n’a d’égale que la perversion qu’elle génère à travers les autres cultures. Il serait utopique et irresponsable de rejeter l’ensemble de la  culture qu’elle produit dont fait partie le libéralisme économique. La production de cette culture est grandiose, unique dans l’histoire humaine, mais pour être admirable, son fondement moral doit être renouvelé.

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