53 - L’interdit

Publié le par Ya Santal

DSC01191.jpg    L’interdit est la concrétisation de l’ultime frontières qui borne l’espace de liberté défini par la Morale de la vie. Il est le dernier rempart de la protection de la vie humaine. Au-delà de cette frontière constatée par l’homme, règne la souffrance et la mort.
   L’interdit mal compris est toujours perçu comme une barrière culturelle contre-nature. Face à la curiosité et aux besoins à travers lesquels s’exprime la toute-puissante pulsion de vie, la protection de la vie est le seul argument qui légitime l’interdit. Dans notre culture, la plupart des interdits ne mettent pas directement la vie en danger. Mais leur violation les fait fonctionner comme des virus qui contaminent le voisinage au point d’entraîner parfois de graves disfonctionnements. La tricherie, le mensonge, la discrimination pour ne citer qu’eux, perturbent l’ordre social en introduisant l’injustice dans les rapports humains. L’injustice suscite naturellement un sentiment de révolte qui peut dégénérer dans une violence meurtrière.
   Pour que l’observation d’un interdit n’entraîne pas de frustration, ses conséquences nuisibles doivent être ressentis profondément en soi. L’interdit apparaît alors comme une limite souhaitée et non plus comme une contrainte. Pour qu’il en soit ainsi, l’interdit doit être ancré dans le subconscient dès le plus jeune âge.
   Au cours de son éducation, l’enfant n’a pas la capacité de comprendre intellectuellement le sens de l’interdit. Il intériorise ces interdits au niveau des schèmes par l’observation des modèles et par leur imitation sous l’impulsion de l’autorité. Avec la maturation du langage et en s’appuyant sur son expérience, l’enfant découvre les explications justifiant leur existence. Cette compréhension renforce dans son esprit, leur légitimité.
   Toutefois, on observe après l’enfance, malgré les efforts des éducateurs, qu’un certain nombre d’interdits ne sont pas intégrés dans tous les esprits.
   Il devient alors nécessaire de distinguer les interdits majeurs qui protègent de la mort et les interdits mineurs moins dangereux. Face à la transgression de ceux-ci, il peut être judicieux de manifester une attitude de tolérance pour qu’après une explication l’individu puisse par l’expérimentation, éprouver dans son être les inconvénients de la violation d’interdits à la condition que les conséquences soient supportables par lui-même et l’entourage. L‘expérimentation de l’erreur invite souvent à la reconnaissance du bien fondé de l’interdit.
   Dès que possible, au cours de l’éducation, l’interdit doit être expliqué à l’enfant. Cette attitude pédagogique facilitera l’émergence d’un regard positif envers l’interdit. Au contraire, l’incompréhension d’une limitation de la liberté engendre une frustration et un sentiment de révolte qui favorisent la transgression et la récidive.
   Il appartient à la science de l’éducation d’inventer les expérimentations didactiques les plus efficaces et les moins risquées afin d’instaurer l’harmonie indispensable entre la pratique et la connaissance.
   Quant aux interdits majeurs, il est de l’intérêt de tous de se mobiliser et d’agir pour qu’ils ne soient pas violés.
   L’adoption de la Morale de la vie implique la prise en compte d’une nature humaine dont la formation par l’expérimentation est répétitive de génération en génération. Dans ces conditions, on comprend l’intérêt d’investir dans une science de l’éducation dont les fruits seront appréciés demain, et dans les siècles à venir.

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