57 - L’art dans la culture de l’argent

Publié le par Ya Santal

DSC01169.jpg  On peut distinguer deux types d’œuvre d’art : les oeuvres commerciales et les œuvres non-commerciales.
   Les œuvres d’art non-commerciales sont réalisées par des artistes qui n’ont eu pour seul objectif que de se faire plaisir. Ils ont pris du plaisir en mobilisant toute leur capacité de travail, leur maîtrise technique et leur talent créatif pour exprimer la complexité et l’originalité de leur personnalité la plus secrète. Leur œuvre est à leurs yeux terminée seulement lorsqu’elle est l’image d’une partie d’eux-mêmes avec toute l’exactitude que permet leur talent. À aucun moment, le désir de plaire aux autres n’intervient dans le processus créatif. À ce prix, l’œuvre devient paradoxalement une œuvre universelle car elle contient une part plus ou moins importante de chacun d’entre nous. À son contact, nous nous sentons concernés par l’œuvre parce qu’elle exprime une partie de nous-même. Le langage d’une œuvre d’un artiste solitaire exprime une part des émotions universelles. À la vue de ce genre d’œuvre, des émotions subtiles surgissent comme sur commande et procurent un plaisir toujours renouvelé, même lorsqu’il s’agit d’émotions difficiles comme la peur ou l’effroi car elles sont éprouvées dans la sécurité d’un musé ou d’une salle de cinéma.
   Les œuvres commerciales ne traduisent pas l’intimité psychologique de l’artiste, mais les aspirations au plaisir d’un publique à une époque donnée, formatée par les valeurs et les effets de la mode. Elles peuvent atteindre un haut niveau de qualité quand l’artiste a répondu à la demande avec talent. L’intérêt de ces œuvres n’est plus dans l’expression psychologique d’une intimité humaine. Il est dans sa fonction sociologique de témoin d’une époque pour les générations suivantes.
   La morale de l’argent dévalorise le travail de l’artiste en l’incitant à réduire le temps passé à la réalisation de leur œuvre et à canaliser leur talent  vers le profit par la facilité de la provocation et la recherche à tout prix de l’originalité. Elle marginalise les œuvres d’artiste solitaire au profit d’œuvre qui n’exprime plus les subtilités de la nature humaine ou sociale. Elle produit un déséquilibre dans la production artistique. Les œuvres opportunistes, les plus souvent superficielles prolifèrent aux dépens des créations artistiques à valeur universelle.

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