61 – Tolérance, permissivité et expérimentation

Publié le par Ya Santal

DSC01198.jpg   De génération en génération la culture se transmet par l’éducation qui structure l’expérience individuelle.
   L’enfant ne connaît ni ne maîtrise la vie qu’à travers son expérience quotidienne. En l’absence d’éducation, celle-ci n’a de sens pour lui qu’en tant qu’apprentissage de la satisfaction de ses besoins. En revanche, une éducation effective donne un sens à sa connaissance expérimentale et lui fait découvrir intuitivement les notions de bien et de mal qu’il comprendra intellectuellement avec l’age.
   Malgré les efforts des éducateurs, l’apprentissage des bons comportements se réalise, toujours partiellement du fait des influences  incontrôlables de l’environnement et d’une transmission imparfaite de la Morale.
   L’autorité, l’enseignement intellectuel et les modèles ne suffisent pas à supprimer l’immoralité résiduelle des individus. 
  L’expérimentation de l’erreur reste l’ultime voie d’évolution à condition qu’elle soit suivit dans une ambiance consensuelle.
   Cette expérimentation peut s’opérer dans un cadre éducatif maîtrisé ou dans l’intimité de la vie individuelle.
   L’art d’un bon système éducatif est d’apporter les avantages de l’expérimentation sans les nuisances.
   Dans l’enfance, on peut avantageusement se passer de situations réelles et en limiter les risques par l’expérimentation des valeurs morales et culturelles à travers des responsabilités, des jeux de rôles et des situations virtuelles.
  En dehors du cadre éducatif, il est souvent nécessaire d’expérimenter le mal par soi-même pour en découvrir la nocivité. Toutefois, si certaines restrictions ne sont pas respectées, cette expérience peut être rejeté par l’entourage et présenter le risque d’être à l’origine d’un conflit.
  Pour que cette expérience s’inscrive dans un processus éducatif, l’élève doit en accepter les règles. Le bénéfice de la tolérance est profitable si l’élève accepte d’être prévenu des conséquences nuisibles de son expérimentation et si ces dernières sont sans dommages sévères pour lui-même et l’entourage.
   Quand on est sérieusement averti des conséquences nuisibles d’un mauvais choix, le plus souvent, la répétition prévisible des nuisances finit par lasser de ces choix. On devient plus perspicace dans ses décisions.
   Cette éducation dans la vie quotidienne repose sur la tolérance.
   La tolérance se distingue de la permissivité par sa nature protectrice.
  La permissivité est destructrice. Elle affiche l’indifférence de l’entourage envers les délinquants, insensible aux souffrances qu’il risque de subir et de provoquer au nom de la liberté.
  La tolérance, au contraire, exprime un profond respect pour l’ignorant. Elle se manifeste par l’information morale donnée sur le comportement nuisible, sans l’accompagner de menaces. Elle garantie la liberté d’expérimentation dans les meilleures conditions, la compréhension et l’assistance en cas de dérive.
   La tolérance permet à chacun de vivre ses imperfections dans une sérénité propice aux échanges de conseils amicaux. Ses imperfections s’expriment dans une zone dite d’expérimentation ou de tolérance. Cette zone est située dans l’espace du mal, mais à la frontière du bien. La tolérance accorde une part de liberté empruntée à la communauté pour permettre à l’ignorant de combler ses lacunes morales par l’expérimentation.
  La tolérance a une autre justification. Personne ne peut connaître aussi bien que l’auteur d’un acte contestable, les raisons qui poussent à le commettre. L’auteur d’un comportement douteux est souvent le mieux placé pour en apprécier sa véritable nature morale. Dans certaines circonstances, il est préférable de commettre une faute plutôt que d’y renoncer. C’est le cas lorsque son abstention entraînerait des conséquences plus graves.
   Un comportement répressif sans la volonté de chercher à comprendre les circonstances d’une faute peut entraîner par la suite, des effets plus désastreux que ceux de la faute elle-même.
  Face à l’erreur, l’entourage doit impérativement s’assurer que son auteur est bien informé des nuisances qu’il cause. Ensuite, si les conditions le permettent des conseils peuvent être prodigué. Toutefois, si l’auteur est un jeune enfant, la tolérance est une attitude discutable quand celui-ci n’a pas la maturité pour comprendre. Une intransigeance plus rigoureuse, envers lui, l’obligera à se plier au conditionnement dont il n’éprouvera ultérieurement aucun regret de l’avoir accepté s’il lui apporte un profit tout le long de sa vie.
   L’humilité face à la complexité des échanges et l’affectueuse compassion envers l’erreur suscitent naturellement la tolérance. Cette vertu exige un grand sens des responsabilités car elle se confond facilement avec la permissivité qui est de fait, une complicité de la délinquance.

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