66 - La confiance et l’humour

Publié le par Ya Santal

DSC01072.jpg     La confiance élargit le champ de la liberté en autorisant les contenus et les formes d’expressions les plus extravagants dont l’humour est l’une d’elles.
   L’humour est une forme d’esprit qui consiste à présenter la réalité de manière à en dégager les aspects plaisants et insolites. Mais il peut être aussi une forme de saine rébellion contre la culture.
   L’empirisme des cultures est à l’origine de traditions dont le sens ne s’accorde pas toujours avec le fondement de la Morale de la vie. Ces traditions entravent certains comportements avec des contraintes injustifiées qui gênent l’épanouissement individuel.
   Les cultures recèlent toutes des recoins qui sont comme des prisons qui étouffent la pulsion de vie. Celle-ci, sous pression, engendre un mal-être quand ce n’est pas une souffrance récurrente.
   Face à ces difficultés, la soumission, la révolte, l’activisme, l’action politique et les arts mais aussi l’humour sont des réponses possibles à l’insatisfaction.
   L’humour extériorise l’insatisfaction. Il est une expression dissidente de la culture. L’humoriste prend de la distance par rapport à elle, tord les mots, joue avec la langue, trahit le sens des comportements, bouscule les académismes, déforme les intentions, humilie les intouchables. Et malgré ces turpitudes, l’humour régale l’esprit non sans raisons.
   En effet, à travers l’humour, c’est la pulsion de vie qui s’exprime. Cette énergie biologique affirme ainsi sa supériorité sur des règles culturelles entravantes. L’humour rappelle que la culture n’existe que pour servir la vie. En piétinant la culture, au nom d’un besoin secret de la vie, l’humour nous protège de la sclérose culturelle et de ses diktats. Il nous libère, au moins un instant, des barreaux qui nous retiennent prisonniers dans des cellules arbitraires que l’ignorance des hommes a construites au cours de leur histoire.
   Mais l’humour ne dispose que d’une liberté conditionnelle, d’un espace de liberté limité. Quand il en sort, l’arme libératrice se retourne contre la vie. Quand l’humoriste s’attaque à la vie plutôt qu’à la défendre, il n’est plus qu’un rebelle qui se trompe, un lâche qui racole une majorité contre des plus faibles.
   La grandeur d’un humoriste vient de sa capacité à ne jamais nuire alors qu’il maltraite tabous, principes et valeurs. Ils osent transgresser les interdits, mais ils les bravent avec honneur dans une action imaginaire sans l’intention de nuire qui ne trompe personne. Les bons humoristes sont des gardiens de la liberté. Ils maîtrisent l’esprit de la Culture de la vie. Le génie leur donne la capacité à sortir des rails de la culture. Ils savent jouer dans l’espace laissé libre au-delà du conformisme jusqu’aux  frontières de la morale.
   L’humour dans les sociétés souffrantes est un symptôme des déficiences culturelles provoquées par une morale mal appliquée. Le nombre des humoristes dans une société peut témoigner à la fois d’une très bonne santé démocratique et paradoxalement, selon le contenu, d’un grand malaise social.
   En revanche, quand l’humour est absent, on peut craindre le pire.
   Un groupe ou une société sans humoriste révèle une culture fanatique, suspicieuse en dissidence avec la Culture de la vie.
   Quant aux individus sans humour, ils sont des êtres soumis, conformistes, de tristes esclaves de leur propre culture.

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