71 - Pudeur et pudibonderie

Publié le par Ya Santal

DSC01105.jpg     La pudeur est ressentie comme un sentiment de honte suscité notamment par la nudité du corps. Cette honte est parfaitement en accord avec les valeurs de la culture de l’argent qui considère le corps comme un danger potentiel pour soi et pour les autres. Dans cet esprit, le corps est un objet de désir qui n’appartient qu’au partenaire légal et qu’il faut extraire à tout prix du regard des autres.
   D’une façon plus excessive, on retrouve cette conception chez les musulmans extrémistes qui voilent leur femme de la tête au pied. Sur ce plan, le libéralisme et l’islamisme dans leur application extrémiste se rejoignent comme deux frères ennemis.
Dans les deux cas, un même processus sert une cause différente. La pudibonderie d’une façon générale réprime la libido pour la réorienter vers une autre finalité que celle d’épanouir la vie. Ainsi chez les religieux, elle oriente la libido vers le mysticisme par le sacrifice gratuit de la vie tandis que, chez les libéraux, ce sacrifice conduit vers la consommation.
   La pudeur selon la Morale de la vie est un sentiment de gène qui s’éprouve à l’idée de ressentir ou de provoquer un trouble perturbant notamment du fait  de la nudité. La pudeur invite à détourner le regard qui semble humilier la personne dévoilée ou à voiler le corps nu qui semble troubler inopportunément des spectateurs involontaires. Elle motive une correction de la situation afin d’apaiser un trouble gênant ressenti chez autrui. La pudeur ne doit pas susciter un comportement stéréotypé. Car, si la pudeur est une alerte à un effet malheureux, Le comportement pudique se déduira de cet effet. Ainsi, selon les circonstances, fautes d’effets nuisibles, la nudité  pourra se vivre librement.
   La nudité d’autrui est une source de malaise pour ceux qui à un moment donné de leur vie ou de leur journée, ne souhaitent pas être perturbé par des émotions érotiques. Dans la vie quotidienne, les responsabilités et les occupations exigent une concentration de qualité pour être bien assumé. Devant la nudité voilée, les gens mariés, les religieux, les personnes volontairement chastes et celles qui souffrent d’un handicap économisent des efforts pour lutter contre une concupiscence stérile.
   Mais la nudité ne suscite pas en toute circonstance le trouble. Elle est impudique lorsque sa motivation est une séduction dans un environnement inapproprié. Dès lors qu’elle est justifiée pour des raisons utilitaires, elle n’est troublante que pour ceux qui se laissent aller à leurs fantasmes. Ils sont alors seuls responsables de la concupiscence frustrée à l’origine de leur souffrance.
   Dans un lieu consensuel, la nudité pour des soins et des ablutions, pour jouir du soleil ou se baigner n’est pas impudique car elle est pratique, utile ou nécessaire. Elle ne suscite que de l’indifférence ou au mieux un plaisir esthétique. L’expérience des camps naturistes familiaux le démontre. La nudité est une liberté ancestrale que des cultures ignorantes ou perverses ont limitée.
   La perception morale de la nudité dans la culture de l’argent est partisane. Elle déculpabilise le nu dès lors qu’il se montre dans champ commercial.
   Pour la morale de l’argent, la nudité publique consensuelle est un obstacle aux flux des échanges commerciaux. Elle est une contre-valeur. Sa reconnaissance comme un état naturel nuit au marché du sexe et au marketing qui l’utilise pour déclencher l’achat. Afin de protéger son pré carré, sous l’influence complice de sectes religieuses judéo-chrétiennes, la culture de l’argent initie à la honte de la nudité quand elle se situe en dehors du cadre strict du mariage et surtout quand elle n’est pas commerciale.
   La honte puritaine nourrit les phantasmes sexuels tout en culpabilisant leur réalisation en dehors du marché. La morale de l’argent légitime le puritanisme avec l’idée que la frustration est un accélérateur d'échange commercial.
   La frustration augmente les profits et leur accumulation dans le capital.
   La pudibonderie est une véritable valeur morale dans la culture de l’argent car elle procède du fondement de sa morale qui est le profit et  son accumulation dans le capital.
   La répression de la nudité en exacerbant la sensibilité à l’érotisme fertilise le terrain de la perversion. Ce risque devient un argument supplémentaire pour justifier le renforcement de la répression.
   Le puritanisme hypocrite de la culture de l’argent prôné en dehors du marché a transformé la pudeur en pudibonderie naïve. Ce glissement de sens s’est effectué à la faveur du vide laissé par l’absence d’éducation morale.
   Ainsi grâce à la pudibonderie contraignante, le marché faussement libérateur généralise la frustration. Celle-ci nourrit les échanges commerciaux aux dépens des échanges immatériels, généreux, libres et naturels indispensables à l’épanouissement de la vie que la pudeur, elle, n’entrave pas.

Publié dans Amour et sexualité

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