89 - Évolution et révolution

Publié le par Ya Santal

DSC01467.jpg    Les injustices économiques et sociales, de tout temps, ont suscité des vocations de théoriciens rêvant à une société plus juste. La plupart d’entre eux partageaient la conviction que la révolution était la seule voie possible du changement. Leur stratégie révolutionnaire considérait que la construction d’un ordre nouveau devait s’édifier sur les ruines de l’ancienne société.
   L’échec des révolutions s’explique par une mauvaise appréciation de la réalité culturelle. Les révolutionnaires ont toujours eu de la société une vision mécaniste fondée sur le rapport de force en omettant l’importance de la complexité de l’organisation humaine et de l’inertie culturelle.
   Une organisation économique et sociale ne fonctionne pas seulement avec ses règles et une police qui veille à leur application. Elle est d’abord constituée d’individus dont la Culture leur donne des caractéristiques fonctionnelles spécifiques. À l’instar des pierres d’une cathédrale, les individus par leurs valeurs morales sont formatés pour construire des types spécifiques de sociétés. Ils ne peuvent assimiler que les règles dont le sens s’inscrit dans l’espace délimité par leurs valeurs. Toute tentative d’invention de règles ou de réformes trop innovantes ou trop éloignées de leurs us et coutumes est vouée à l’échec faute d’individus en mesure de les assimiler et de les appliquer.
   Les valeurs stabilisent les sociétés dans le temps. Leur force d’agrégation sociale s’observe dans leur capacité à sceller les groupes et à les rendre difficilement perméables à leur mélange. Quand ces valeurs sont très différentes de celles de la Morale de la vie, ces sociétés  fermées aux influences extérieures souffrent d’une incapacité à évoluer du fait de la rigidité de leur tradition.
   Cette inertie culturelle est aussi très visible dans le cas des révolutions pacifiques que nous connaissons aujourd’hui. Une organisation spontanée qui se dit révolutionnaire reflète en réalité un espoir de valeurs nouvelles sans que les valeurs de la culture de sa population soient changées. Les révolutions libérales des anciennes républiques communistes, ont toujours déçu dans les premières années. Après l’instauration de la démocratie, ces pays sont restés communistes avec une organisation et une administration bétonnée dans des valeurs et des mentalités qu’aucune révolution ne saurait affecter sur une courte période.
   Il est intéressant de noter l’heureuse influence des valeurs du libéralisme qui s’exerce en dehors d’un système éducatif sur les sociétés en retard d’évolution culturelle. Elle leur permet d’assimiler des valeurs qui les rapprochent de celle de la Morale de la vie.
   Un désir de changement réaliste n’est concevable que dans un processus évolutionnaire. Le temps dans la culture humaine comme dans la culture agricole est un facteur incontournable. Il y a le temps du labour, des semailles, de la pousse et de la récolte. La complexité de l’évolution biologique de la graine à la plante finale est à l’image de la complexité de l’évolution culturelle. L’intégration des valeurs n’est réellement possible que dans l’enfance tandis que les effets de l’éducation ne se concrétisent qu’à l’age adulte. Dans les sociétés humaines, les évolutions brutales n’ont jamais produit les résultats escomptés.
   La culture libérale nous a efficacement, mais empiriquement éduquée à de bonnes valeurs économiques et sociales. Il nous reste à maîtriser ses valeurs dans le sens du respect de la vie. À l’éducation empirique libérale, nous devons substituer une éducation et un enseignement volontaristes.
   Les facteurs déterminant de la maîtrise de l’évolution sont l’adhésion à des valeurs consensuelles transmises dés l’enfance par l’éducation nationale, la famille et les médias ainsi que par l’environnement modifié par l’application de nouvelles règles économiques et sociales structurelles, allant dans le sens de la morale et  suffisamment modérées pour êtres applicables.

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