93 - L’ère sauvage

Publié le par Ya Santal

  DSC01469.jpg    Les savants ont divisé l’histoire de l’humanité en deux grands chapitres, la préhistoire et l’histoire. Cette division donnerait à penser que l’homme moderne, sorti de la préhistoire depuis quelques millénaires serait définitivement entré dans l’ère de l’homme accompli.
   Cette division fait illusion car l’homme actuel ne se distingue guère de l’homme préhistorique, ni même de l’animal en ce qui concerne sa façon d’assurer sa pérennité. Sa survie repose toujours sur le rapport de force et la violence qu’elle induit même si ce fondement n’est pas celui de la civilisation.   
   La complexité de l’organisation humaine dont dépend la diversité et la quantité des échanges est incompatible avec le désordre et la soumission à l’ordre sous la contrainte. Le rapport de force avec les injustices, les rancœurs, la violence, le gaspillage et la pollution qu’il entraîne, bloque l’évolution de la société humaine. Sans capacité d’adaptation aux conditions nouvelles, l’humanité emprunte le chemin de la déchéance.
   L’homme, au de-là de toute hypothèse philosophique ou mystique, par les lois mêmes qui l’ont fait exister, est prédestiné par son organisation biologique sophistiquée à survivre à travers les millénaires. Il n’a pas d’autres choix s’il veut assurer la pérennité de son espèce que de se plier aux exigences de sa nature essentiellement culturelle.
   Tant que les relations humaines seront régies dans le rapport de force, comme dans le monde animal, l’espèce humaine ne sortira pas de l’ère sauvage.
   Le rapport de force est une loi qui régit la nature. Mais faire appel à cet argument pour l’appliquer à l’espèce humaine, c’est oublier sa spécificité cérébrale qui la distingue de la faune.
   Chez l’animal, la survie dépend essentiellement de sa force ou de sa capacité à fuir. En revanche, chez l’homme, c’est son intelligence qui assure sa survie. Sa capacité à manier les idées et à les échanger est à l’origine de la connaissance scientifique et de ses applications qui ont amélioré son confort de vie et sa sécurité. La violence est inconciliable avec l’efficacité de l’intelligence. Elle paralyse les échanges d’information et détruit ses réseaux. Elle est le cancer de la culture.
   Malheureusement, la culture de l’argent réhabilite le rapport de force. Elle valorise la puissance car elle est son atout principal dans la recherche du gain.
   Le rapport de force déséquilibre les échanges entre les riches et les pauvres, qu’ils soient individus ou nations. Et même si le libéralisme permet aux pauvres d’aujourd’hui de devenir les riches de demain, le rapport de force structure la société en dominant et dominé, en exploiteur et exploité. La main d’œuvre bon marché est le carburant de cette organisation économique
   L’écart de richesse valorise la violence. Elle devient la seule arme du pauvre pour lutter contre l’injustice d’une pauvreté imposée.
   Faute de modèle, mise à part celui des utopies religieuses et des idéologies extrémistes, aucune organisation n’est crédible pour canaliser le désir de changement. Le désarroi entraîne le monde dans la spirale de la violence individuelle.
   L’alternative au rapport de force est le rapport d’intérêt car il garantit les meilleures conditions des échanges
   L’équité rendue possible par la prise en compte des intérêts de chacun des partenaires favorise la paix dans les échanges. Celle-ci à son tour facilite l’écoute des autres dans la sérénité et renforce le plaisir de participer ensemble à la mutuelle protection qui devrait être la finalité de toutes les actions humaines.
   Pour la Morale de la Vie, le rapport de force dans les relations humaines est un tabou. C’est le rôle de l’éducation que de l’introduire dans l’esprit des enfants dés leur plus jeune âge. C’est aussi son rôle pour ne pas les affaiblir dans la naïveté, que de leur apprendre à détecter la nature des relations afin de répondre aux situations dangereuses de façon appropriée. L’emploi de la force est l’ultime moyen pour se défendre contre une attaque.
   De nombreuses conditions doivent être réuni pour l’épanouissement des échanges. La paix, la confiance, le goût du partage, la solidarité, le sens de l’intérêt individuel et collectif notamment, sont autant de pratiques ou de conditions, indispensables au bon  fonctionnement des réseaux d’échange et à l’exubérance intellectuelle.
   Dans l’Ere sauvage, la morale de l’argent n’autorise aucun espoir d’efficacité dans la sauvegarde de la planète et de ses habitants.
   Le rapport de force dans une idéologie qui donne le pouvoir à l’argent soumet l’activité humaine à la loi de l’accumulation de l’argent et non à celle de la protection de la vie. Encadré par cette loi et du fait de la concurrence, l’individu, quelles que soient sa fonction et sa situation dans l’échelle sociale ne dispose d’aucune marge pour se soustraire à ses exigences. Il contribue malgré lui et avec toute l’énergie de sa propre sauvegarde aux déséquilibres planétaires.
   L’espèce humaine commencera à sortir de l’ère sauvage lorsque l’efficacité de l’éducation instaurera dans toutes les relations, quelle que soit leur nature, le rapport d’intérêt et conduira à considérer toute forme de violence comme une trahison contre l’espèce. L’intériorisation de la violence en tant que tabou contribuera à modifier profondément le fonctionnement de la société et ouvrira les portes, aujourd’hui fermées qui donnent sur les jardins de l’espérance. Si elle réussit à sortir à temps de l’Ere sauvage, l’humanité pourra espérer vivre un fabuleux destin.

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