108 - Les supers profits pétroliers

Publié le par Ya Santal


n cette période de crise, les supers profits d’une compagnie pétrolière française déclenchent des réactions émotionnelles dont les médias font l’écho. Les uns applaudissent aux jolis résultats de cette entreprise qu’ils justifient par l’application légale des règles de l’économie libérale et les autres se plaignent de l’absence de comportements « sociétaux » dans les prévisions d’investissement. Cette affaire médiatique est cœur de la contradiction qui affaiblit notre civilisation et révèle la lacune qui bloque toute évolution favorable.
   Notre société est écartelée entre deux ultimes projets contradictoires : l’un moral, l’autre économique. Le projet qui sous-tend l’organisation de nos sociétés démocratiques est la protection individuelle et plus largement celle de l’espèce humaine. Or, concomitamment, le moteur économique libéral poursuit un tout autre projet : celui de l’accumulation financière sans autres limites que la loi ou en son absence celle de la loi du plus fort dans un aveuglement suicidaire, sans tenir compte des conséquences humaines, sociales et écologiques. Nous sommes en présence de deux superstructures aux intérêts divergents : l’organisation de la société et celle de l’économie. La concurrence entre elles est inégale. L’empirisme triomphe rarement de la rationalité. La redoutable logique de l’économie libérale impose à la société qui navigue à vue ses valeurs et ses règles. La société avance tiré par une logique économique vers un destin tragique, tandis que la conscience du danger fait réagir l’élite avec des logorrhées récurrentes aux propositions d’emplâtres. Il paraît étonnant que cette élite ne perçoive pas dans le fonctionnement mondial l’existence de deux logiques contradictoires. Elle ignore cette coexistence et ne s’intéresse qu’à la logique économique.
   Son refus de percevoir la morale comme un système de valeurs fondé sur un projet concret l’oblige à se vautrer dans l’empirisme. Pour eux, la morale est subjective, aussi il est inconvenant de l’évoquer. Faute de référence morale, l’élite s’en approche hypocritement en utilisant des expressions républicaines approximatives dont le sens relève pourtant de la morale. Qu’est-ce qu’un esprit citoyen ou un comportement civique sinon une autre façon de parler du respect de l’autre ? Et ce projet « sociétal » qu’on aimerait voir inscrit dans les ambitions des sociétés qui font de gros profits pendant que des millions de citoyens souffrent de la pauvreté pour qui le droit au logement et le droit au travail ne sont que des vœux pieux, n’est-ce pas l’application de l’équité en vue de protéger les citoyens ? Cette approche empirique de la morale ne permettra jamais d’accéder à une vision politique cohérente. Or sans elle, aucune réforme du système financier ne sera possible. Le pouvoir de direction du monde usurpé par les financiers sera repris par les chefs d’entreprises et la classe politique à la condition qu’une nouvelle cohérence soit partagé par tous. Seul le projet de la morale de la vie sera capable de rassembler les hommes pour les orienter dans la même direction. Encore faut-il qu’elle soit reconnue comme une science objective et laïque et qu’elle soit enseignée.

Publié dans Opinion d'un moraliste

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