MORALE LAÏQUE en 9 leçons. 3ème leçon : L'AUTONOMIE RELATIVE (4mn)

Publié le par Guy PROUIN

 


 

  Lors de notre précédente leçon nous avons défini les qualités morales et les vertus. Nous allons voir aujourd’hui qu’il existe des conditions particulières qui améliorent l’efficacité de ces qualités dans les échanges.           

L’échange constitue l’essence de toute forme de vie, qu’elle soit biologique ou culturelle.

Dans le monde animal, les flux des échanges sont essentiellement gérés par le déterminisme génétique, au contraire de la société humaine dont l’organisation des échanges est le fruit, des traditions transmises, d’apprentissages, d’expérimentations empiriques ou raisonnées. Finalement, on est en droit de se demander qui a la légitimité morale pour décider des échanges individuels et collectifs puisqu’ils ne sont pas préprogrammés génétiquement dans la société humaine comme c’est le cas chez les animaux.

Observons la nature qui nous entoure et qui existe depuis des millions d’années. Son fonctionnement répond à des règles dont l’espèce humaine pourrait s’inspirer afin de profiter de cette vitalité durable.

L’observation de la biosphère nous fait découvrir la très large autonomie dont bénéficie chaque vie de la flore et de la faune. Cette autonomie semble le fruit de la sélection naturelle qui a préservé les organismes dont l’autonomie leur garantissait une meilleure protection. En effet, aucun centre de décision extérieur à une entité biologique n’a la capacité de satisfaire ses besoins avec autant d’efficacité et d’économie que celui qui se situe en son sein. Chaque herbe d’un pré, chaque arbre d’une forêt, chaque poisson d’un océan, bénéficie de la maîtrise de ses propres échanges. L’autonomie apparaît comme le statut naturel de la faune et de la flore parce que chaque vie, adulte dans la faune, connaît précisément ses propres besoins et met en œuvre les moyens adaptés dont elle dispose pour les satisfaire.

L’autonomie en plus de permettre la satisfaction des besoins dans les meilleures conditions, ajoute une capacité essentielle à la protection de la vie, celle de l’adaptation, condition exigée par la sélection naturelle pour durer.

L’analyse de l’histoire humaine récente met en évidence l’importance de l’autonomie dans la sphère culturelle sans laquelle aucune adaptation n’est possible. Ainsi, la planification de la société soviétique a démontré par son effondrement sans guerre que le déclin se déclenchait dès lors que l’autonomie des personnes et des entreprises était interdite au profit d’une soumission à la hiérarchie, incapable de satisfaire correctement les besoins de chacun.

 L’autonomie répond à une exigence de l’adaptation. Elle est ainsi une condition de la durée de l’individu et des collectivités. Cette nécessité se manifeste par une aspiration universelle pour la liberté sans laquelle l’autonomie ne peut exister. La liberté serait une revendication légitime qui plongerait ses racines au cœur de la biologie, au niveau même du principe de son existence. La liberté dans la sphère culturelle ne serait que l’extension d’une loi fonctionnelle de la biologie, celle de l’autonomie.

Toutefois, on observe que cette autonomie est d'autant plus relativisée qu'elle est vécue par des êtres évolués, disposant d'une capacité d'apprentissage. La relation de maître à l’élève et la diversité des fonctions créent une interdépendance entre les membres d'un groupe. En économie, la répartition des métiers offre un rapport qualité prix des biens et des services incomparablement supérieurs à celui de la production purement individuelle. La contrepartie de cet avantage est la perte d’une partie de l’autonomie. L’interdépendance rogne les libertés individuelles. La dépendance des compétences spécialisées de chacun des membres de la famille, du groupe ou de la société contraint à vivre dans une autonomie relative. Alors que l’autonomie garantit l’efficacité des échanges, sa relativité adaptée amplifie son efficacité protectrice par sa puissance productive et créative ainsi que par les économies de moyens qu’elle permet. C’est pourquoi, l’autonomie relative des individus et de leurs organisations fonctionnelles comme les associations, les entreprises et les collectivités territoriales, est une nécessité vitale et par conséquent, une obligation morale.

Toutefois, pour que la relativité de l’autonomie tire le maximum de son efficacité, elle doit  constamment être remise en question afin d’ajuster son champ d'action en fonction des évolutions internes ou externes. L’autonomie relative donne à chaque vie, dans la sphère culturelle, le pouvoir de gérer leur interdépendance dans les meilleures conditions. Elle est à l’origine de la règle morale fondamentale du libre consentement mutuel car elle permet, tout en respectant l’autonomie des partenaires, de trouver une solution qui profite le mieux à chacun. En dehors, des relations d’autorité qui existent nécessairement pour le bon fonctionnement de la société, chaque être humain devrait être conditionné, par l’éducation, à respecter cette règle fondamentale du libre consentement mutuel dans ses relations interpersonnelles pour être en accord avec la morale laïque.

L’autonomie relative est un statut indispensable, dans les échanges, à l’application des qualités morales et selon la règle du libre consentement mutuel. Nous allons voir dans la prochaine leçon une condition qui amplifie l’efficacité des échanges.   


En attendant, mobilisez vous pour que la morale laïque devienne la norme morale dans l’éducation.

Soyez heureux car c’est bon pour la santé.

 

 

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