MORALE LAÏQUE en 9 leçons. 4ème leçon : LA CONFIANCE (9mn)

Publié le par Guy PROUIN

 


 

    Lors de notre dernière leçon, nous avons montré que l’autonomie relative des individus et des organisations était une condition indispensable à la réalisation d’échanges productifs. Nous allons voir aujourd’hui que l’on peut améliorer cette efficacité en cultivant le sentiment de confiance.

L’autonomie relative comme fondement de l’organisation sociale crée une infinité de centres de décision dont la relation entre eux devrait être régi par l’intérêt partagé, dans les limites des impératifs de l’ultime projet. Ce respect de l’intérêt partagé est un gage de paix et d’efficacité et de productivité. En effet,  quand les intérêts s’opposent sans concession, les luttes et la violence mobilisent une énergie considérable qui n’est plus disponibles pour le bon fonctionnement de la société. Grâce à l’intérêt partagé, les échanges s’effectuent dans les meilleures conditions.

Ainsi la société vit des échanges entre ses multiples composants autonomes. La société fonctionne comme un moteur. Dans un moteur, les échanges d’énergie mécaniques se réalisent d’autant mieux que les frictions sont réduites par un lubrifiant. Il en est de même des échanges entre les acteurs de la société. Ces échanges peuvent souffrir de friction. Dans les échanges culturels, la friction peut avoir de multiples origines. La méfiance crée par la peur, l’avidité ou l’ambition, notamment, agisse comme des grains de sable dans les rouages de la société. Le non-respect de l’intérêt partagé suscite une méfiance qui invite à se protéger. La réaction normale de l’autoprotection freine les échanges en consommant beaucoup de temps et d’énergie pour se protéger. Au contraire, avec la confiance, les échanges semblent lubrifiés. La confiance crée les conditions pour que les échanges s’effectuent avec un maximum d’économie d’énergie et de fluidité.

La relation de confiance exige l'adhésion de chacun à des valeurs communes.

Quand ses valeurs sont générées par l'ultime projet, et partagées par tous les partenaires, rien ne s'oppose à la résolution des problèmes posés par des projets courants. Le conditionnement à la confiance par l’éducation du fait de sa puissance productive et par conséquent, protectrice, est un impératif moral.

Toutefois cet apprentissage ne doit pas former des individus naïfs.

L’apprentissage de la confiance va de pair avec l’apprentissage de la lucidité. La confiance se donne au départ, pour amorcer une relation, mais elle sera limitée. Et c’est l’expérimentation de la relation qui permettra d’évaluer le niveau de confiance que l’on peut accorder au partenaire. Cette capacité à évaluer le niveau de confiance s’apprend par l’éducation.

La trahison de la confiance conduit à l’exclusion du délinquant tel un  grain de sable évacué d’un engrenage, à la différence près, que le délinquant ne serait pas jeté, mais invité à découvrir les avantages de la confiance. Sans la confiance, la vie humaine s’apparenterait à celle des animaux sauvages, toujours sur le qui-vive, dont la recherche de la sécurité mobilise une part très importante de l’énergie disponible. La productivité qu’apporte la confiance donne un avantage sélectif décisif aux personnes et aux organisations qui la cultivent. 

La confiance lubrifie les échanges, mais représente un risque dans l’exercice de la liberté d’expression. Sans la maîtrise de ses limites, on peut insidieusement se faire le complice passif d’une expression nuisible. Ce risque est grand notamment dans l’expression humoristique. Voyons cela de plus près.

Certaines formes d’humour tirent leur origine de la frustration. L’empirisme des cultures a produit des traditions dont le sens ne s’accorde pas toujours avec le fondement de la morale de la vie. Ces traditions entravent certains comportements avec des contraintes injustifiées qui gênent l’épanouissement individuel. Les cultures recèlent toutes des recoins qui sont comme autant de prisons qui étouffent la pulsion de vie. Certaines éducations affectives ou sexuelles privent l’individu d’expériences qui font défaut au bon épanouissement de l’individu. Ces interdits contre nature engendrent un mal-être quand ce n’est pas une souffrance récurrente. Face à ces difficultés, la soumission, la révolte, l’activisme, l’action politique, les arts ainsi que l’humour sont des réponses possibles à la frustration.

L’humour est une forme de révolte pacifique quand il extériorise l’insatisfaction. Il est alors une expression dissidente de la culture ambiante. L’humoriste prend de la distance par rapport à elle, tord les mots, joue avec la langue, trahit le sens des comportements, bouscule les académismes, déforme les intentions, humilie les intouchables. Et malgré ces turpitudes, l’humour régale l’esprit non sans raisons.

En effet, à travers l’humour, c’est la pulsion de vie qui s’exprime. Cette énergie biologique affirme ainsi sa supériorité sur des règles culturelles entravantes. L’humour rappelle que la culture n’existe que pour servir la vie. En piétinant certaines platebandes inutiles de la culture, au nom d’un besoin secret de la vie, l’humour nous protège de la sclérose culturelle et de ses diktats. Il nous libère, au moins un instant, des barreaux qui nous retiennent prisonniers dans des cellules arbitraires que l’ignorance des hommes a construites au cours de leur histoire.

Mais l’humour ne dispose que d’une liberté conditionnelle, d’un espace d’expression limité. Quand il en sort, l’arme libératrice se retourne contre la vie. L’humoriste immoral attaque la vie plutôt que de la défendre. Il n’est plus qu’un rebelle qui se trompe, un lâche qui racole une majorité contre des plus faibles.

Pour éviter de se laisser entraîner vers la trahison, les partenaires de rire d’un humoriste  doivent vérifier qu’ensemble, ils partagent les mêmes valeurs, celles de la morale de la vie. Et là, nous revenons à la notion de confiance. Sans la confiance en les valeurs de l’humoriste ou d’une façon générale de tout leader, nous prenons le risque de devenir complice d’une délinquance morale. Quand les valeurs morales sont partagées dans la confiance, l’humour peut jouer son rôle de saine rébellion et les décisions d’un chef sont plus rapidement applicables.

Les grands humoristes moraux ne nuisent jamais alors qu’ils maltraitent tabous, principes et valeurs. Ils osent transgresser les interdits, mais ils les bravent avec honneur dans une action imaginaire sans l’intention de nuire. Les bons humoristes sont des gardiens de la liberté. Ils maîtrisent l’esprit de la culture de la vie. Le génie leur donne la capacité à sortir des rails d’une culture ambiante, étriquée. La grandeur d’un humoriste tient dans sa capacité à exploiter le delta de liberté qui existe entre la tradition et les frontières de la morale de la vie, sans trahir la confiance qu’il inspire de ne pas déraper dans la nuisance.

Le contenu de l’humour dans les sociétés souffrantes est un révélateur symptomatique des déficiences culturelles provoquées par une morale mal appliquée. Le nombre des humoristes, dans une société, peut témoigner à la fois d’une très bonne santé démocratique et paradoxalement, selon le contenu, d’un grand malaise social. En revanche, quand l’humour est absent, on peut craindre le pire. Un groupe ou une société sans humoriste révèle une culture fanatique, suspicieuse, en dissidence avec la culture de la vie. Quant aux individus sans humour, ils sont des êtres soumis, conformistes, de tristes esclaves d’une culture empirique dont ils sont prisonniers.

La confiance exige un partage des mêmes valeurs. Plus ces valeurs seront universelles, plus la confiance pourra s’étendre à un plus grand nombre. Ainsi l’Europe a pu se construire parce que les peuples qui la constituent partagent un fond de valeurs communes, base d’une confiance réciproque. Ces valeurs gagneraient à être amélioré par l’apprentissage de la morale laïque. La culture occidentale ne peut prétendre à l’universalité. L’absence de  l’enseignement de la morale laïque prive les immigrants d’un système de valeur qui faciliterait leur intégration. C’est pourquoi nous devons défendre la morale Laïque et la placer au cœur de l’éducation.

Au cours de notre prochaine leçon nous montrerons que le plaisir est à l’origine d’une merveilleuse source d’énergie mais qu’il faut savoir maîtriser.

En attendant, mobilisez vous pour que la morale laïque devienne la norme morale dans l’éducation.

Soyez heureux car c’est bon pour la santé.

 

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