MORALE LAÏQUE en 9 leçons. 7ème leçon : LE SENS MORAL ET LA CULTURE (9mn)

Publié le par Guy PROUIN

 

 

 

     Nous avons vu dans la précédente leçon que la morale laïque était nécessairement sociale, solidaire, pour être efficace, à l’opposé d’une morale individualiste et égoïste. Aujourd’hui, nous allons voir qu’une morale sociale ne peut pas exister en l’absence de sens moral.

Qu’est-ce que le sens morale et comment l’acquérir ?

La morale est un système de valeurs contraignant lorsque ces valeurs ne sont pas assimilées, intégrées à la personnalité très tôt dans la jeunesse. Elles sont ressenties comme des obstacles à la liberté. Au contraire, lorsqu’elles sont assimilées grâce à une éducation appropriée, elles génèrent un sens moral qui a pour avantage de supprimer la sensation de contrainte dans la mise en oeuvre de ses valeurs.

Un solide sens moral se manifeste par une sorte d’instinct qui pousse à avoir des comportements respectueux de la vie humaine et de son espèce. Ce sens moral culturel est en concordance avec le sens de l’organisation biologique qui est la durée. A cette différence près que la biologie transmet son organisation protectrice par la génétique tandis que la morale de la vie se transmet par l’éducation et l’apprentissage. 

Une éducation puis un enseignement approprié font naître un sens moral qui structurera l’individu en cohérence avec sa nature biologique.

 Le sens moral, à l’instar de la boussole, ne précise pas les chemins à poursuivre au cours de la vie. L’individu éduqué est comme un randonneur qui est averti par sa boussole de la direction qui mène à sa destination, mais sans connaître les meilleurs chemins pour l’atteindre. Il lui revient de choisir et d’expérimenter la meilleure voie possible à suivre pour éviter les divers obstacles qui s’opposent à lui. Devant une rivière, le randonneur, s’il veut rester dans l’axe, devra traverser à la nage ou bien accepter de s’en écarter en cherchant une embarcation ou un pont pour ensuite reprendre la bonne direction. Il en va de même de la morale qui ne donne que le sens des comportements ou des actions sans plus de précisions. La valeur morale se juge sur les conséquences des actions et non sur l’action elle-même. Il revient à l’homme d’inventer les règles, les lois, et les rituels, de se fixer des objectifs économiques, sociaux et culturels pour rester fidèle à son ultime projet. L’invention permanente à laquelle la morale nous contraint est à l’origine des plus grandes productions culturelles. La fidélité au projet moral de la population donne à ses actions une cohérence qui amplifie la puissance constructive et créative de leur civilisation au profit de sa pérennité. Ainsi sont nées les grandes civilisations bouddhistes, chrétiennes et musulmanes, dont les morales furent plus proches de la morale de la vie que celles d’autres religions qui n’ont pas survécu avec le temps.

Nous allons maintenant découvrir, qu’avoir un sens moral ne suffit pas. Il faut encore que ce sens moral soit de qualité.

On s’étonne souvent, à l’occasion d’un changement politique radical, de l’apparition de comportements génocidaires et sadiques de la part de populations qui auparavant vivaient comme des braves gens, polis et respectueux des autres. Comme cela a pu être observé en Afrique ou au Cambodge.

Cette étrange rupture comportementale qui n’est pas observée chez tous les membres d’une même population s’explique par l’existence de deux niveaux de sens moral.

Le sens moral oriente vers les meilleures actions et comportements pour rester fidèle au projet de la morale. Mais la force de cette invitation est entièrement fonction de l’origine du regard inquisiteur. Lorsque l’homme, sous la pression de la honte de son seul regard, s’interdit des actes nuisibles, il obéit à un sens moral profond. Il appartient alors, à l’élite des hommes qui constituent le rempart face à la barbarie.

En revanche, avec le sens moral superficiel, la honte des actes nuisibles est suscitée essentiellement par le regard des autres. Avec un tel sens moral, une personne bien sous tout rapport peut cacher en elle, un monstre dormant. Rien de plus potentiellement dangereux qu’une population dont l’éducation n’a ancré que superficiellement la honte de la nuisance. Il suffit que l’autorité passe entre les mains de criminels, comme ce fut le cas avec les nazis, hier avec les khmers rouges ou aujourd’hui avec les talibans pour que les pires exactions deviennent acceptables par les personnes dont le sens moral est déterminé par le regard majoritaire. Ces personnes, à l’abri d’un consensus ignoble, se sentent libres de se livrer aux pires comportements. Les génocidaires, les délateurs, les bourreaux, les tortionnaires appartiennent à cette famille d’êtres humains souvent braves dans une société normale, mais potentiellement dangereuse. Bien qu’ils affichent l’image de paisibles pères ou mères de familles, ils sont capables de se transformer en pires ennemis de leur propre espèce, en se soumettant au pouvoir majoritaire. Faute d’avoir intégré au plus profond d’eux-mêmes, le sens moral que seule une éducation bien conduite peut donner, ils ignorent qu’ils sont complices ou acteurs de la trahison la plus grave. Leur propre regard, se conformant au regard majoritaire, entame leur autonomie et les invite à des comportements moutonniers.

Il existe une troisième catégorie de personne qui applique l’essentiel des qualités morales alors qu’elle est totalement dépourvue de sens moral laïque. Ces personnes suscitent une considération abusive du fait de l’apparence édifiante de leurs comportements. Cela  est le résultat d’une méconnaissance de la morale.

Des comportements moraux exemplaires suggèrent qu’ils soient définis par un projet moral tout aussi exemplaire. Or, ne l’oublions pas, il n’existe aucun lien mécanique entre les qualités de natures morales et la finalité de leur application. On oublie trop souvent qu’une qualité n’a d’autres fonctions que la réussite d’un projet, quel qu’il soit. Leur efficacité est indépendante du choix du projet. Elles peuvent ainsi êtres utilisés à d’autres fins que celui de la morale laïque. Cette efficacité est à l’origine de la puissance de certaines sociétés secrètes mafieuses. Un grand escroc séduit par de réelles qualités morales. Gentil, respectueux, serviable, honnête jusqu’à un certain point, il trompe son monde avec des qualités morales qui servent un projet discret beaucoup moins honorable.

 Pour éviter toute confusion, il est important d’identifier l’ultime projet d’une personne physique ou morale avant de lui faire une entière confiance. L’oubli du rôle que joue l’ultime projet dans le sens des comportements conduit la société à la dérive. Cette perte de sens est certainement la déficience la plus grave de nos cultures contemporaines. Les citoyens à la dérive présentent de moins en moins les qualités requises pour le bon fonctionnement de leur société. C’est pourquoi il est fondamental d’initier très tôt les enfants à la science morale. L’acquisition d’un sens moral profond est une garanti contre les dérives idéologiques. Seule une initiation dés le plus jeune age peut graver au plus profond de chacun, le respect de la vie. Une éducation et un enseignement appropriés sont une exigence incontournable pour des sociétés pacifiques et adaptatives et donc durable.

Une société qui oublie le sens de son existence se vautre dans l’incohérence et le désordre. Les difficultés pour la gouverner contraignent les responsables politiques à prendre des décisions qui conduisent vers une société policière. Mais les mesures coercitives ne seront jamais le gouvernail durable d’une société. Seules les valeurs de l’ultime projet commun sont capables de donner une cohérence à l’ensemble des actions de la population avec l’efficacité qu’offre la paix. Cette cohérence détermine la bonne direction, celle qui permet de s’adapter sans dispersion des efforts. En l’absence d’éducation, la population est indisciplinée et ne supporte pas les efforts qu’exige l’adaptation sans laquelle la société s’oriente vers un déclin inexorable.

C’est pourquoi nous devons tous agir pour que l’éducation et l’enseignement de la morale de la vie s’imposent comme une nécessité vitale. Le conditionnement à la morale de la vie, la morale laïque et sa maîtrise par la compréhension intellectuelle sont les clés dont disposent les adultes de la génération vivante pour maîtriser le destin de leurs descendants.

 

Au cours de la prochaine leçon, nous aborderons la très importante question de l’éducation morale.

En attendant, mobilisez vous pour que la morale laïque devienne la norme morale dans l’éducation.

Soyez heureux car c’est bon pour la santé.

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