NATURE, CULTURE, MORALE ET LOI

Publié le par Guy PROUIN

01044-L--copie-1.jpgobjection « contre-nature » procède le plus souvent d’une vision naturaliste de la culture, comme si celle-ci obéissait aux lois de la biologie. L’information, objet du traitement de la culture, obéit à des lois spécifiques. Toutefois, cette caractéristique ne permet pas d’opposer la nature à la culture.

   L'évolution du cerveau humain dont la fonction est le traitement de l'information a engendré la culture selon la logique de la sélection naturelle pour protéger un être dont le corps est totalement désarmé. Pourtant, on constate dans les faits, que la nature et la culture peuvent néanmoins s’opposer.

    Si l'évolution de la biologie sélectionne les fonctions et les êtres les plus appropriés pour durer, on peut lui attribuer une finalité, celle de faire durer les être qu’elle crée. Il suffit d’observer les moyens protecteurs complexes extrêmement sophistiquées  dont sont pourvus les êtres vivant pour en être convaincu. Ainsi l'ultime fonction de la culture, pour être en cohérence avec la nature biologique serait de pérenniser la vie humaine. Cette constatation permet d'opposer, à l'argument subjectif "contre-nature", employé couramment contre certains comportements humains, une objection beaucoup plus rationnelle. La référence à la finalité de la nature est évidemment plus convaincante que la référence à des catalogues de devoirs d’origines divines ou à l’interprétation subjective de fonctions visibles à travers des comportements observés dans la nature.

   Ainsi, l'homosexualité est considérée comme immorale par certains, du fait d’une vision purement biologique de la fonction amoureuse, celle de la reproduction. L’amour sans la reproduction serait immoral. La surpopulation humaine de la terre qui risque à terme de nuire à l’existence même de l’espèce confirme la nuisance de ce jugement. Au contraire, Si l’on apprécie les comportements par leurs conséquences, on constate que l’amour, avec ou sans reproduction, en renforçant le goût de vivre, répond à une fonction déterminante de protection de la vie. Cette fonction incontournable accorde ainsi à l’homosexualité sa légitimité morale, du fait de sa conformité avec la finalité de la nature.

    Bien que la fonction originaire de la culture soit de protéger l’individu, force est de constater qu’elle ne remplit pas toujours cette fonction. La culture chez l'homme a atteint un tel niveau d'autonomie par rapport à la nature, qu'elle est en mesure de produire des comportements et des œuvres capables de contrecarrer sa finalité. Elle a le pouvoir de mettre fin prématurément à l'existence de l’être humain et même  de son espèce. Cette autonomie est à l'origine de la morale. La morale procède de la volonté de faire durer la vie humaine et son espèce en concordance avec la finalité de la nature biologique. Ce projet induit une série de conséquences qui limite la liberté humaine. Il définit un système de valeur devant encadrer les comportements culturels afin de les garder cohérents avec la finalité biologique. Ainsi, un comportement sera qualifié de contre-nature uniquement lorsqu'il portera atteinte directement ou indirectement à la vie humaine ou à la pérennité de son espèce.

   Les restrictions de la liberté, imposées par la morale, ne doivent en aucun cas être confondu avec celles des lois juridiques. La morale laïque n'énonce aucune loi pratique. Elle agit comme une boussole qui indique le sens ultime des activités humaines. Ce sens permet de délimiter la frontière entre le bien et du mal. Si la morale énonce les valeurs qui donnent aux actes leur sens moral, elle ne précise pas leur mise en œuvre pratique. C'est le rôle de la Culture que d’inventer des mœurs respectant les valeurs morales et par ses lois juridiques de les préciser et de les encadrer. Les lois morales et juridiques sont de nature différente et les fusionner conduit à la catastrophe. Les valeurs morales sont universelles tandis que les lois juridiques sont opportunistes. Les lois juridiques varient en fonction des contingences des peuples et évoluent grâce à la connaissance apportée par l'expérience ou à cause des changements environnementaux. Elles résultent d'une invention permanente stimulée par la contrainte de la nécessité de s'adapter pour protéger l'homme et son espèce. Cette invention est à l’origine des grandes Cultures caractérisées par leur cohérence, plus ou moins empirique, avec le projet de durer.

   Lorsque la morale relève de la foi, elle se concrétise généralement par un catalogue de lois intangibles. Leur application, dans un Etat religieux en tant que loi d’Etat, pétrifient la société du fait de leur caractère sacré et éternel. L’absence de séparation entre la religion et l’Etat, conduit inéluctablement vers le déclin car, faute d’adaptation, la société dégénère jusqu’à se détruire dans une décadence finale, irréversible. La rayonnante culture musulmane démarre son déclin vers le dixième et le onzième siècle sous l’influence d’intégristes qui préconisèrent la stricte application de la charia. La violence islamiste contemporaine illustre à la marge la décadence de cette culture.

   La nature a engendré la culture. La durée de l’espèce porteuse de cette culture est entièrement dépendante de sa cohérence avec la finalité de la nature biologique sous peine d’être éliminé par l’impitoyable sélection naturelle.

 

Publié dans Opinion d'un moraliste

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