112 - R. Polanski, F. Mitterrand, J. Sarkozy et la morale

Publié le par Ya Santal



es polémiques qui ont agité l’opinion ces derniers temps ont pour origine des problèmes moraux auxquels les médias ne semblent pas avoir apporté de réponses satisfaisantes.

       Voici l’opinion d’un moraliste.

Chacune de ces trois affaires pose des problèmes différents.  L’affaire Polanski nous interpelle sur le sens de la justice. L’affaire F. Mitterrand invite à s’interroger sur la place de la morale dans l’art, et l’affaire J. Sarkozy, sur la morale dans le fonctionnement de la démocratie.

L’affaire Polanski. Les faits : Un homme est accusé de viol sur mineur et s’enfuit pour échapper à la justice. 30 ans après la justice le rattrape.

La première chose à faire est de se rappeler le rôle de la justice : elle existe pour assurer l’ordre public. Elle réussit dans sa tâche quand elle isole de la société les personnes dangereuses et qu’elle réuni les conditions pour leur réinsertion. La réinsertion exige de la part de l’ancien délinquant qu’il prouve qu’il n’est plus nuisible. Il peut convaincre en remplissant deux conditions. La bonne tenue sur une certaine durée et le regret exprimé par le désir de réparation.

Polanski a vécu 30 ans sans nuire à personne après avoir conclu un accord de réparation avec la victime qui a depuis arrêté les poursuites. Dans ces conditions, l’enfermement de Polanski prendrait assurément le sens d’une vengeance plutôt que celui de la protection de la société. De plus, il semble avéré que le juge américain a dévoyé la justice en ressortant cette affaire pour un profit électoral personnel.

Aussi, la défense de Roman Polanski  revient à contrer les dérives de la justice qui, dans ce cas particulier, substitue la vengeance à la protection et accepte l’utilisation de l’institution publique à des fins personnelles.

 L’affaire Frédéric Mitterrand. Les faits :  Ce ministre de la culture a écrit, plusieurs années avant d’être nommé, un témoignage autobiographique qui révèle des épisodes glauques de sa vie sexuelle.

Au cours des temps, la morale et l’art se sont souvent affrontés. Les auteurs et leurs oeuvres jugés «  immoraux » ont ainsi été « purifiés » d’une façon récurrente par les flammes de bûchers.

La morale de la vie considère l’art comme l’expression la plus accompli des œuvres humaines. Pour deux raisons : l’esthétique est protectrice par le plaisir universel qu’elle procure en renforçant le goût de vivre, par ailleurs, l’authenticité et la sincérité d’une œuvre singulière, quel que soit son contenu, révèlent la part universelle de l’être humain. C’est pourquoi, la morale de la vie considère l’œuvre d’art comme un médiateur pacifique qui rassemble les hommes par le plaisir et un signe d’appartenance à la même communauté humaine, à travers le temps et les civilisations,

La difficulté morale que l’on peut éprouver devant une œuvre scabreuse est de déterminer si elle est une apologie, une incitation ou une théorie qui conditionne l’admirateur à accepter des nuisances envers ses semblables.

Le livre de Frédéric Mitterrand a été largement reconnu comme une œuvre littéraire de qualité, courageuse par sa sincérité. La condamnation par la révocation de ce ministre serait le fait d’une population ignorante et de politiciens vils qui font feu de tout bois pour satisfaire leurs ambitions.

L’affaire Jean Sarkozy. Les faits : Un très jeune fils de président de la république est promu à un haut poste de responsabilité.

Entre la légalité et la légitimité la morale de la vie préfère cette dernière (sans pour autant mépriser la légalité).

Un bon fonctionnement de la démocratie représentative repose sur deux exigences : le respect des règles et la confiance dans les élus. Celle-ci n’exclut en rien les contrôles pour la conforter. Or, dans le cas présent, la légitimité et la légalité semblent allé de pair. Le jeune homme est un élu de sa circonscription. Il serait de nouveau élu démocratiquement pour occuper un haut poste. La polémique est né du fait qu’il était le  fils de l’homme le plus influent de France et supposé trop jeune pour avoir l’expérience de ses nouvelles responsabilités. Elle suggère  une possible dérive de népotisme.

La morale de la vie invite à respecter les choix démocratiques quand ils sont légaux et légitimes, même s’ils étonnent. Toutefois, la légitimité de l’élection de Jean par des élus sur lesquels Nicolas son père dispose d’un pouvoir d’influence peut susciter une réserve. L’élection libre et sincère de Jean, hors de toute influence pour le seul profit des citoyens n’est pas évidente. Aussi, il est naturel d’imaginer que les votes puissent être influencés  par des craintes de représailles ou l’assurance d’avantages quelconques. Si cela se vérifiait, la légitimité changerait de camp. Jean la perdrait au profit de ceux qui accuseraient son père de népotisme.

En attendant, faute de preuve, le mieux est de respecter la discipline démocratique et d’accepter le résultat des urnes. S’il est élu, Jean devra prouver la pertinence du choix de ses pairs par sa compétence et son émancipation.

Publié dans Opinion d'un moraliste

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