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Chasteté et maîtrise sexuelle

   La chasteté imposée est une torture criminelle. Au contraire, quand elle est désirée par soi-même, elle est une ascèse qui peut apporter beaucoup de profit mais qui n’est pas sans dangers.
   L’équilibre physique et mental est atteint plus aisément lorsque tous les besoins naturels sont satisfaits avec tempérance. Il est ainsi possible de vivre sereinement et de réaliser ses projets avec une efficacité particulière quand la sexualité est maîtrisée. Elle prend alors, dans la vie, l’exacte place que souhaite celui qui  la maîtrise.
La sexualité répond à une double nécessité : celle de la reproduction et celle de la socialisation par les échanges physiques et psychologiques.
   Les fonctions de l’activité sexuelle sont parfaitement naturelles et leur accomplissement une nécessité vitale. Toutefois, la maîtrise de la chasteté est une discipline qui permet de diriger une énergie plus intense vers d’autres activités. Le temps et l’énergie de l’homme sont limités. Lorsqu’il s’adonne à une activité prenante, il est moins disponible par ailleurs. La passion pour un projet ou seulement la volonté de réussir en mobilisant beaucoup d’énergie éteint le désir sexuel. Pendant une durée plus ou moins longue, l’individu vit alors une période de chasteté au cours de laquelle il bénéficie d’échanges spécialisés d’une très grande intensité et particulièrement efficace pour atteindre ses objectifs.
   La chasteté n’est profitable que dans le cadre d’une passion. Lorsque cette passion s’émousse, la sexualité reprend ses droits. Le vœu de respecter une chasteté à vie est une décision insensée, car elle présume une durée illimitée d’une passion dont la persistance dépend de conditions incontrôlables.
Toutefois la maîtrise ponctuelle de la sexualité hors la passion est un atout non négligeable dans la réussite des activités.
   La maîtrise sexuelle comme toute maîtrise est le fruit d’un apprentissage. Si l’enfant n’apprend pas très tôt la maîtrise de ses désirs, il hypothèque sa liberté d’adulte. Ainsi une gourmandise incontrôlée entraîne une surcharge pondérale et entrave la liberté par l’esclave d’un besoin toujours présent malgré sa régulière satisfaction. C’est un avantage certain que d’apprendre à maîtriser tous ses besoins et particulièrement la puissante pulsion sexuelle.
   Toutefois un apprentissage de la chasteté mal conduit peut s’avérer très dangereux. Lorsque la maîtrise est confondue avec la castration, la chasteté n’est plus une vertu. Elle est une amputation mentale, un handicap majeur pour les échanges.
   Le refoulement est certainement le risque le plus grave et le plus fréquent encouru par les jeunes lorsque l’éducation sexuelle est conduite dans l’ignorance ou le fanatisme. Si la chasteté est le résultat d’une culpabilisation sexuelle, elle perd sa fonction de libération des échanges. Elle les perturbe et nuit à la santé mentale. La chasteté considérée comme un but est une atteinte à la vie, utilisée comme technique, elle contribue à améliorer la performance individuelle.
   L’apprentissage de la continence est indissociable de l’apprentissage de la liberté sexuelle. Sans liberté, il est très difficile de distinguer l’autodiscipline de la culpabilité, la maîtrise de soi du refoulement.



Le refoulement

   Le refoulement naît d’un conflit de valeur. Les comportements assimilés naturellement par l’expérience de la vie quotidienne et ceux qui sont inculqués par l’éducation se fondent sur des valeurs parfois contradictoires. La pulsion de vie invite à la multiplication des échanges dont la réalisation n’est possible qu’au sein d’un groupe. Aussi, en vue de protéger cette capacité d’échange, elle privilégie généralement l’insertion sociale en refoulant les valeurs intériorisées qui ne sont pas en accord avec celles du groupe.
   La pulsion de vie sauvegarde la capacité d’échange en préservant l’appartenance au groupe dont le fondement est l’identité des valeurs qui lient les membres entre eux. Cette appartenance est vitale pour la survie de l’individu car ses échanges en dépendent. Au nom de l’intérêt supérieur de l’individu, la pulsion de vie favorise les valeurs collectives et refoule les valeurs individuelles même lorsqu’elles sont à l’origine inspirées par elle-même.
   Le refoulement est un effet de l’hégémonie culturelle du groupe sur l’individu. Il protège de l’exclusion et renforce par effet de masse les valeurs du groupe en le frustrant de l’expression de ses valeurs singulières.
La plupart des membres des sociétés dont la culture est constituée de valeurs éloignées de celles de la morale de la vie souffre de refoulements.
   Le refoulement limite la liberté d’échange de l’individu. La pulsion de vie ainsi frustrée, induit des comportements violant à l’image d’une énergie comprimée qui s’échapperait d’un trop plein.
   Le refoulement constitue une source importante de maladies psychosomatiques et de violence dans les sociétés.
   Quand cette violence se retourne contre l’individu lui-même, elle est à l’origine de comportements suicidaires  ou d’adhésion à des idéologies violentes qui offrent la justification du sacrifice. Dans ces groupes, l’individu abusé par une idéologie déviante, en sacrifiant sa vie, ressent une exaltation qu’il interprète comme un encouragement divin. Le malheureux détruit sa vie, ignorant que son exaltation provient d’un simple soulagement provoqué par la perspective de la fin d’une souffrance dont sa culture égarée est à l’origine.
   La plupart des cultures contemporaines sont productrices de refoulement. Certaines d’entre-elles le sont davantage au point de créer des déviances assimilables à des entreprises criminelles.
   Les cultures occidentales humanistes dans leur fondement ne sont pas à l’abri de nouveaux errements délinquants. Leur ancrage dans les sables de la permissivité les fragilise tous les jours un peu plus. Les idéologies violentes entretenues par le refoulement récurrent de la culture de l’argent exercent une attraction que les horreurs des génocides passés n’ont pas éteinte. Faute d’éducation, le terrain favorable au refoulement nourrit des idéologies ou des micro cultures violentes. Le racisme, l’intolérance, les bagarres de supporters sportifs sont des prétextes pour jouir du plaisir du défoulement par la violence.
   Plus les valeurs d’une culture sont éloignées de celle de la Morale de la vie, plus le refoulement perturbe le fonctionnement de la société. Les mauvais tabous compriment la pulsion de vie qui finit par exploser dans la violence.
L’un des buts de la vie est de contribuer chaque jour à détruire les mauvais murs qui font de la culture une prison. Cette volonté dépuration élargirait un espace de liberté pacifique jusqu’aux confins de la protection de la vie, dans la paix.



Avortement et euthanasie

   L’avortement est un drame qui est le résultat d’un échec biologique ou culturel.
Quand l’avortement n’est pas une réponse à un disfonctionnement biologique, il est un choix dans la concurrence entre deux vies, celle de l’enfant et celle de la mère. Il est un choix qui privilégie la survie de la mère ou simplement ses conditions de vie aux dépens d’une future vie humaine.
   Il appartient à une société dont l’organisation ne sait pas accueillir tous les nouveau-nés d’assumer cette déficience dans une pratique sociale et économique réaliste sans perdre le sens moral. On comprend la difficulté à respecter la morale de la vie dans un choix qui semble aller à l’encontre du projet qui la fonde. En fait, la morale ne nous impose aucun diktat. Elle nous invite simplement à réfléchir pour inventer des comportements propres à réduire les nuisances à l’encontre de la vie humaine et de sa descendance.
   L’avortement et l’euthanasie nous interrogent sur le sens de la souffrance et sur l’avenir de l’espèce humaine. La surpopulation de la planète évacue les craintes d’une extinction de notre espèce par défaut de reproduction. En revanche, la souffrance engendrée par des situations d’exception doit trouver des réponses conformes à la morale de la vie.
   Tout d’abord, répondons aux fanatiques pour qui le respect de la vie est supérieur à la qualité de la vie. Le refus fanatique de l’avortement suggère que le fondement de la Morale de la vie est un principe intangible supérieur à son intention. Or, ce principe ne peut être sacré puisqu’il est pour l’agnostique, une invention humaine. C’est l’homme qui, grâce à son libre-arbitre, choisit son ultime projet. C’est donc aux hommes d’apprécier les limites pratiques de leur protection.
   Les deux principes fondamentaux de la Morale de la vie aident à définir ses limites : l’autonomie qui accorde à la personne une liberté relativisée par son lien contractuel de mutuelle protection avec la société et les conséquences des actes qui déterminent leur qualité.
   Une décision qui entraîne de la souffrance, concerne par solidarité, évidemment toute la société. Il est donc naturel qu’une délégation de la société participe à la prise de décision dans l’esprit de la Morale. Cette délégation n’a pas pour mission de décider à la place des personnes souffrantes car l’autonomie de la personne humaine fonde sa dignité. Son rôle est de vérifier que l’avortement ou l’euthanasie est bien justifié par une souffrance future inacceptable contre laquelle la société ne peut rien. Il est aussi de veiller à ce que l’exécution de la décision se réalise dans les meilleures conditions d’hygiène et de dignité. La légalisation de l’euthanasie exige la mise en œuvre d’une procédure rigoureuse afin d’éviter la contrefaçon de l’assassinat en euthanasie.
   La légalisation de l’avortement garantit la sécurité sanitaire de la femme qui peut avoir de bonnes raisons de ne pas garder l’enfant. Le fondement de la Morale de la vie invite à accueillir avec responsabilité les nouveau-nés. Cette responsabilité doit tenir compte des conséquences de l’abandon matériel ou affectif d’un enfant non désiré qui peuvent générer des drames plus importants pour l’enfant, la mère et la société, que ceux de l’avortement. Le fœtus participe à la pérennité de l’espèce humaine. En cohérence avec la Morale de la vie, tous les fœtus viables devraient pouvoir arriver à terme. Mais la société actuelle est tellement imparfaite qu’elle n’a pas la capacité de résoudre tous les problèmes psychologiques et économiques qui poussent à l’avortement. Aussi, face aux risques de l’énorme potentiel de drame que représente l’absence d’accueil d’un nouveau-né, la raison invite à préserver la vie existante plutôt que de prendre le risque de perpétuer une vie de souffrance. L’avenir d’un enfant qui n’aurait pas accès aux échanges fondamentaux affectifs, intellectuels et matériel pourrait être gravement perturbé par la souffrance. Une souffrance qu’il risque en plus, de léguer à ses descendants. La culture et en particuliers les problèmes psychologiques se transmettent au même titre que l’héritage biologique. Certains troubles caractériels passent de génération en génération en s’amenuisant ou au contraire, en s’amplifiant. Ils provoquent alors des drames plus graves encore que l’avortement.
Par ailleurs, l’interdiction d’avorter exprime un odieux mépris envers la femme. Le respect de l’autonomie d’un être humain interdit qu’on décide à sa place de la souffrance qu’il peut endurer. L’insensibilité à la souffrance d’un congénère procède de la même attitude immorale que celle qui conduit vers la torture. En imposant à un être humain des conditions qui vont atrophier ses échanges, on nuit à sa vie par étranglement de ses flux vitaux.
   Comment ne pas compatir à la souffrance d’une mère, abandonnée, accablée par les difficultés financières ou terrorisée par l’évocation que suscite son enfant, fruit d’un viol brutal par un être abject. Les blessures profondes de l’esprit ont le pouvoir d’inhiber l’instinct maternel de victimes traumatisées. On ne contraint pas à aimer. On ne peut que créer les conditions pour que l’amour soit possible. Le désir d’avorter des femmes est légitimé dans les cas où il est une solution aux lacunes de la société. Ce serait une injustice criante qu’elle soit la seule à supporter ces lacunes.
   L’avortement légal dans un pays signale le bon niveau de sens Moral de ses institutions mais en même temps celui de la médiocrité d’une organisation économique, sociale et culturelle incapable d’accueillir dans le respect de la vie tous les enfants conçus.
   Les militants extrémistes qui luttent en faveur de la souffrance  qu’engendre l’interdiction de l’avortement et de l’euthanasie place dans la hiérarchie des valeurs leurs principes au-dessus de la qualité de la vie. Ils trahissent l’espèce humaine. Leur choix pour des idées ou des croyances religieuses de préférence au respect de la vie des personnes souffrantes les place d’emblé dans le camp de ceux qui, tout au long de l’histoire, ont participé à des massacres au nom d’une hégémonie culturelle fanatique. Sous couvert de protéger la vie et dans l’espoir égoïste de gagner un arpent de paradis, ils martyrisent leurs semblables avec le cynisme des fanatiques.
L’avortement et l’euthanasie sont des situations douloureuses que seule la Morale de la vie peut aider à résoudre avec le maximum d’humanité.



Les perversions

   La psychologie et la psychanalyse en l’absence de la référence rationnelle de la morale de la vie sont des disciplines soumises à la culture contemporaine de leurs inventeurs et de leurs praticiens. Les critères qui identifient la nature pathologique de certains comportements plongent leurs racines au plus profond de l’idéologie dominante dans laquelle a baigné les thérapeutes qui les ont définis et ceux qui les appliquent.
   La déviation sexuelle définit classiquement la perversion et se réfère à un ordre naturel de l’instinct sexuel. Celui-ci serait repérable par comparaison soit avec les pratiques de l’animal soit avec la normalité statistique des comportements humains d’une société donnée.
   Cette notion d’ordre naturel nie la nature fondamentalement culturelle des comportements humains. La diversité des comportements inventés quel que soit le domaine d’activité fonde leur légitimité uniquement sur leur qualité protectrice de la vie, le plus souvent par le biais du plaisir. La référence aux comportements de la majorité sociale abaisse les pratiques humaines minoritaires artistiques ainsi que les performances géniales, au rang de perversion.
   La perversion est le plus souvent une adaptation erratique à l’autoprotection. La pulsion de vie, de la naissance à la mort, pousse à imiter ou inventer des comportements de protection. L’adaptation à l’environnement dans l’histoire personnelle crée un édifice psychologique unique dont la règle naturelle de construction est l’auto protection. Lorsque celle-ci se réalise aux mépris d’autrui, la morale de la vie invite  la collectivité à isoler l’égaré en l’aidant à se restructurer.
En introduisant l’éducation et l’enseignement de la morale de la vie à l’école, les singularités psychologiques individuelles devraient plus facilement trouver le meilleur chemin de l’épanouissement dans le respect d’autrui.
   Le rôle primordial de la culture est de stimuler l’invention d’us et coutumes n’excluant personne dans leur fonction d’épanouissement. Faute de savoir comment améliorer les handicaps psychologiques, la culture doit offrir des modèles et des structures spécifiques pour que la diversité des comportements trouve à s’épanouir ou s’adapter sans nuisance.
   La richesse d’une Culture se mesure à la fois par la limitation des pathologies qu’elle engendre et par son inventivité pour une meilleure insertion des minorités dans la diversité sociale.



Le mariage

   Dans la culture de l’argent, le mariage est essentiellement un contrat de nature économique.
   Ce contrat détermine qui sont les propriétaires des biens, des enfants et du corps des signataires. C’est un contrat de propriété.
   L’exclusivité sexuelle, séquelle d’une tradition qui ignorait la contraception, imposée dans ce contrat, source de divorce en cas d’infraction, souligne l’importance de la notion de propriété du corps du partenaire par rapport à celle de la responsabilité parentale. Ce contrat donne une priorité à l’assurance d’une sécurité et d’une exclusivité sexuelle sur celle de garantir aux enfants le temps nécessaire à leur formation.
   Le contrat de fidélité crée un conflit entre l’érotisme et l’amour. Ainsi, la perspective que le contrat de mariage impose de devoir rester toute la vie avec le même partenaire sexuel place les futurs mariés devant un choix cornélien : rester ensemble suffisamment longtemps pour élever les enfants avec le risque de la frustration sexuelle ou se séparer aux dépens des enfant dans la perspective d’une meilleure vie sexuelle.
Généralement, les partenaires recherchent à la fois les qualités physiques et mentales. Malheureusement, très souvent la personnalité qui suscite un amour profond ne correspond pas forcément aux phantasmes sexuels. Quand l’érotisme est sacrifié au profit de la personnalité, le mariage dure mais souvent au prix de quelques infractions à la fidélité. En revanche le choix des charmes érotiques aux dépens de la personnalité produit des relations aussi intenses que brèves. On se lasse plus facilement de la technique et de l’esthétique que de l’émotion affective. La culture de l’argent préfère le respect de la propriété à l’épanouissement humain.
Il en va différemment de la culture de la vie.
   La perspective de la longue éducation des enfants engage les partenaires dans une union durable qu’il est déraisonnable de faire reposer sur la fragilité du désir sexuel. L’affection généreuse, la complicité et la complémentarité sont des ciments plus résistants. En général, au début du mariage, le sexe et l’amour sont intimement liés. Avec le temps, le plaisir sexuel s’use, remplacé par le charme de la complicité et l’efficacité de la confiance et de la solidarité. Malheureusement, avec le temps, la frustration sexuelle représente un grand danger pour la cohésion des couples. Le partenaire apparaît bientôt comme un obstacle à l’épanouissement personnel. La rancœur envenime les relations parfois jusqu’à la rupture. La famille éclate aux dépens des enfants.
   La dissociation des fonctions de procréation et de plaisir sexuel par les moyens contraceptifs a désacralisé le sexe et créé un nouvel espace de liberté autonome, celui de l’art sexuel. Cet art s’exerce avec bonheur au sein du couple amoureux. Mais si, avec le temps, l’amour se transforme en une profonde amitié, l’art du sexe peut être partagé et vécu comme n’importe quel autre plaisir sans exclusivité. Dans ces conditions la famille reste unie sans nuire à l’épanouissement de chacun des partenaires et l’éducation des enfants est assurée dans la continuité.
   Un contrat de mariage qui se fonderait sur la fidélité sentimentale plutôt que sur la fidélité physique placerait l’amour des enfants au-dessus de celui du sexe. L’amour sexuel exclusif est un mythe de la tradition. Il est socialement dangereux quand il est un principe intangible. On peut penser que l’éducation pourrait faire évoluer cette conception utopique de l’amour vers plus de réalisme, au profit d’une liberté mieux assumée et d’un profond respect pour les enfants.



Le bonheur

   Au de-là de tous les challenges et défis que l’être humain aime à s’imposer, la recherche du bonheur est certainement son ultime ambition. Mais le bonheur est souvent confondu avec le plaisir. Sa quête est alors une aventure entrecoupée de plaisirs fugitifs alimentée par l’énergie de l’insatisfaction.
   Le plaisir a le goût de l’instant et le bonheur celui de l’éternité.
   Le plaisir est une émotion produite par la satisfaction ponctuelle d’un sens physique ou d’un désir intellectuel. Sa limite est donnée par la durée des stimuli. L’intensité du plaisir dépend de la qualité et de la quantité adaptée des échanges.
   Le bonheur se différencie du plaisir par la capacité protectrice des échanges, réalisés sans aucune réserve, dans une parfaite confiance. Cette perception conduit vers un état d’abandon qui lève tous les blocages aux échanges de toute nature. Le bonheur est un état privilégié où tous les échanges sont possibles et se réalisent dans des flux libres et autorégulés. En l’absence de frein, chaque échange sensuel ou intellectuel est un plaisir qui semble illimité. Le bonheur se distingue du plaisir par l’absence de fin perçue. Il semble pouvoir durer jusqu’à la mort, une mort sereinement attendue comme un aboutissement suprême, une ultime fusion avec la nature. Malheureusement, ces instants magiques ne durent pas. Ils cessent dès que nos imperfections viennent gripper notre machine à échanges. L’extase ressentie devant un paysage ou dans les bras d’un partenaire, bientôt s’effondre comme une vitrine brisée. Les angoisses, les doutes, les craintes troublent la surface lisse de l’océan de bonheur comme un coup de vent dont il faut se protéger des vagues qu’elles provoquent. La mort, de nouveau, suscite l’appréhension d’une fin qui abrègerait une aventure inachevée.
   Celui qui a goûté au bonheur, ne serait-ce qu’un instant, peut s’enivrer de l’espoir de renouveler un jour cette expérience. Mais sans compréhension du mécanisme du bonheur et de l’apprentissage des échanges dans la confiance, c’est le hasard plus que la volonté qui offrira ce privilège.