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L’élargissement de l’Europe

Les sociétés multiculturelles vivent en paix lorsqu’elles partagent les mêmes valeurs. La société américaine est exemplaire. Malgré la diversité des origines de la population, ce pays manifeste une cohésion et une capacité d’adaptation qui malheureusement font défaut aux Européens. Cette diversité s’ancre sur des valeurs communes. Le respect de la nation, la liberté, le goût du risque, le respect pour l’enrichissement, toutes ces valeurs qui ne sont pas forcément admirables, mais, parce qu’elles sont partagées par l’ensemble des citoyens américains, créent une nation cohérente qui la rend vivante, innovante et par conséquent adaptable.
La communauté européenne face aux défis actuels présente de grandes difficultés à s’adapter. La cohérence qu’apporte la culture judéo-chrétienne qui unit ses membres n’est pas suffisante pour en faire une communauté adaptable. Les lacunes et l’inertie des traditions entravent le dynamisme de la communauté. Elles réduisent la capacité d’adaptation de l’Europe et la ferme sur elle-même, toute préoccupée à se protéger des faiblesses de sa culture. On comprend que son élargissement à des pays musulmans puisse inspirer des craintes et soulever des objections.
Les divergences réelles ou supposées entre les morales chrétienne et musulmane sont de nature à fragiliser la cohésion intercommunautaire si celle-ci ne repose que sur la tradition chrétienne. Chez certains européens, la suspicion d’hégémonie de la religion musulmane éveille leur méfiance. Or l’absence de confiance est un obstacle majeur à des relations fructueuses. Le flou des fondements moraux musulmans amplifiés par la vague intégriste et l’empirisme de la morale occidentale s’opposent à la formation d’une communauté cohérente et pacifique intégrant les deux cultures.
Tant que la communauté européenne n’aura pas pris conscience de l’importance de l’adhésion de ses membres à une morale clairement définie et enseignée, le fondement économique de son union restera un facteur insuffisant à l’intégration souhaitable de sociétés musulmanes. L’élargissement d’une communauté dont l’idéologie est incertaine  à des populations plus radicales, représente un risque existentiel. Sans aucun doute, Il accélérerait le délitement de ses valeurs déjà affaiblies par leur empirisme et l’abandon de leur transmission.



L’autonomie

Nous avons vu que la notion de bien et de mal découlait d’un projet de sauvegarde de l’individu et de l’espèce humaine et qu’elle se concrétisait dans les caractéristiques des flux des échanges. Il convient maintenant de s’interroger sur les meilleures conditions des échanges pour que ceux-ci se réalisent avec un maximum d’efficacité protectrice : Qui doit décider des réponses à donner aux besoins de chacun ? Est-ce l’individu ou une autorité extérieure à lui ? Les sociétés ont souvent été tentées de croire que seule une autorité supérieure, ayant une connaissance et une sagesse supposées pouvaient assurer la bonne marche de la communauté en décidant à la place de chacun des membres. L’interdiction de l’initiative individuelle et l’obéissance devait garantir l’ordre, la prospérité et la sécurité.
L’histoire nous apprend que ces expériences tentées notamment par les communistes se sont soldées par des échecs pitoyables. De même, dans les Etats despotiques la soumission imposée à une administration ou un parti n’a pas apporté le progrès souhaité. Dans ces deux cas, ces régimes ont suscité la révolte d’une population jalouse de sa liberté. L’universalité de cette aspiration, quelles que soient les cultures, nous conduit à imaginer une origine naturelle de ce désir d’autonomie.
Si nous observons la biosphère, nous découvrons que dans la flore et la faune, chaque vie bénéficie d’une très large autonomie. Chaque herbe d’un pré, chaque arbre d’une forêt, chaque poisson d’un océan, bénéficie de la maîtrise de ses échanges. L’autonomie est le statut naturel dans la faune et la flore.
Chaque vie connaît précisément ses propres besoins et met en œuvre les moyens adaptés dont elle dispose pour les satisfaire. Aucun centre de décision extérieur à une entité biologique ne saurait satisfaire ses besoins avec autant d’efficacité et d’économie que celui qui se situe en son sein.
L’autonomie semble bien être une condition vitale pour un bon fonctionnement de tout organisme vivant. L’exigence de liberté serait alors une revendication légitime qui plongerait ses racines au cœur de la biologie, au niveau même du principe de son existence. L’autonomie dans la sphère culturelle ne serait que l’extension d’une loi fonctionnelle de la biologie.



L’autonomie relative

L’observation de la faune nous fait découvrir qu’avec les animaux supérieurs qui vivent en société, l’autonomie est relativisée par l’interdépendance des membres entre eux. Dans les sociétés humaines, ce phénomène est d’autant plus remarquable que l’économie est fondée sur la division du travail. Cette répartition des tâches offre un rapport qualité prix des biens et des services incomparablement supérieurs avec celui de la production artisanale individuelle. La contrepartie de cet avantage est la perte d’une partie de l’autonomie. L’interdépendance rogne les libertés individuelles. La dépendance des compétences spécialisées de chacun des membres de la famille, du groupe ou de la société contraint à vivre dans une autonomie relative.
Alors que l’autonomie garantit l’efficacité des échanges, sa relativité adaptée amplifie son efficacité protectrice par sa puissance productive et créative. C’est pourquoi, l’autonomie relative des individus, des collectivités territoriales ainsi que de tous les organismes répondant à une fonction comme les associations et les entreprises industrielles et commerciales, est une nécessité morale dans une société évoluée.
La relativité de l’autonomie tire son efficacité de sa capacité à évoluer. Son champ d’action doit constamment être ajusté en fonction des évolutions internes ou externes. Cet effort d’adaptation de la relativité de l’autonomie est la condition requise pour un fonctionnement optimum tout en préservant l’économie de moyen.
L’autonomie relative donne à chaque individu, chaque entité économique ou territoriale le pouvoir de se gérer dans les meilleures conditions. Il fonde aussi une responsabilité envers soi-même et ses partenaires.



Libéralisme et collectivisme

L’aspiration vitale au statut d’autonomie est probablement le vrai moteur de l’histoire. L’enjeu des conquêtes, des guerres et des rébellions a été la préservation de la liberté ou le refus de la soumission.  De toutes les expériences d’organisation politique, la démocratie est pour le moment celle qui garantit le mieux l’autonomie relative des nations et des citoyens.
Avant que la démocratie ne s’impose, les sociétés à la hiérarchie militaire ont été préférées par de nombreux chefs politiques. Bluffés par la puissance et l’efficacité ponctuelles de l’organisation hiérarchique, ils étaient convaincus qu’elle était la forme d’organisation idéale pour les sociétés.
Au cours de l’histoire, un grand nombre de responsables politiques et de capitaines d’industries ont ignoré la complexité de la réalité. Ils ont cru qu’en dotant leur société d’une organisation exclusivement hiérarchique, il la rendrait aussi performante qu’une armée conquérante. Ils ont ignoré les limites de ce type d’organisation.
En fait, l’organisation hiérarchique avec ses objectifs précis et ses moyens cohérents, ne prouve son efficience que dans les situations d’urgence. Par ailleurs, si elle garantit dans la durée la même application de règles et de lois sur un territoire donné, c’est au prix d’une rigidité qui atrophie la capacité d’adaptation. L’armée, les forces de l’ordre, les secours ainsi que les administrations font appel aux avantages de ce type d’organisation.
Sur la durée, les sociétés fondées sur l’organisation hiérarchique régressent irrémédiablement, hormis les cas de chefs éclairés qui, par des réorganisations souvent brutales et douloureuses, arrivent à maintenir un certain niveau d’adaptation. Ces évolutions sont néanmoins aléatoires et approximatives car elles dépendent de la capacité à élever au poste suprême des chefs de grandes valeurs. Aussi, dans la majorité des cas, l’adaptation, l’innovation et l’économie de moyens sont des qualités essentielles qui font défaut à ces sociétés totalitaires. À l’intérieur de celle-ci, les mécanismes d’évolution sont d’une extrême lourdeur. La diversité des expériences innovantes est limitée à l’imagination d’un groupe réduit de dirigeants, peu au fait de la réalité du terrain. La rigidité de l’organisation qui garantit une efficacité ciblée est aussi sa faiblesse. Sur des objectifs plus larges et envisagés dans la durée, ses médiocres résultats s’expliquent aisément. Le centre de décision dans une hiérarchie, ne peut répondre précisément aux besoins de chacun de ses membres. Face à l’infinité des informations qui émanent du terrain, le centre de décision est dans l’incapacité de les trier et de les traiter efficacement au profit de chacun. Cette rigidité entrave l’adaptation aux conditions d’échanges en constante évolution. Les leçons de l’expérience quotidienne sont rarement tirées. L’organisation hiérarchique figée, inadaptable, est incapable d’améliorer sa capacité d’échange.
Elle est aussi une source de gaspillage considérable par l’inadéquation des moyens mis en œuvre dont l’évaluation précise est impossible face à la quantité et à la fiabilité douteuse de l’information qu’elle génère. La réussite par l’exagération des moyens ou l’échec par leur insuffisance dilapide une énergie précieuse.
Par ailleurs, ce type d’organisation présente un terrain très favorable à la corruption qui perturbe les échanges et torpille son efficacité.
La dégénérescence des sociétés dotées d’une organisation hiérarchique entraîne un affaiblissement de la protection de la vie des citoyens du fait de la dégradation des conditions économiques et sociales. Sur la durée, l’organisation hiérarchique est néfaste aux échanges et par  voie de conséquence nuisible à toutes formes de vie. Les vies culturelle, économique et financière sont atrophiées sous les contraintes de cette organisation.
Dans la concurrence internationale des types d’organisations économiques et sociales, la plus productive s’est naturellement généralisée. Le libéralisme en répondant à l’aspiration de chacun de jouir de l’autonomie relative  s’est imposé sans guerre sur l’organisation hiérarchique décadente de la société communiste.
L’organisation libérale loin d’être un modèle idéal a apporté néanmoins une prospérité et une amélioration des conditions de vie à des centaines de millions de personnes. Elle a rendu à de nombreux citoyens l’autonomie naturelle indispensable à leur épanouissement.
Malheureusement, à côté des progrès dont nous profitons, nous subissons l’impact désastreux clairement perceptible aujourd’hui, de la morale de cette idéologie. Ses valeurs donnent au moteur économique et financier libéral une finalité qui diverge de celle de la morale de la vie. Elles engendrent un moteur économique qui pollue et répartit mal la richesse.
Il est urgent que la morale de la vie soit au cœur de l’éducation et de l’enseignement. L’application dans le libéralisme de ses valeurs participerait à l’évolution des règles de fonctionnement de son moteur si productif.



Le libre consentement mutuel

Toujours dans l’esprit de trouver un mode d’emploi à la vie, continuons à chercher les éléments concrets et rationnels susceptibles de nous aider à vivre sans que chaque décision ne soit une épreuve intellectuelle.
L’échange est au cœur de notre théorie. La faculté d’échanger des biens immatériels est une spécificité humaine qui assure à notre espèce sa survie et sa suprématie. Elle rend caduque la loi du plus fort qui régit les espèces animales du fait de la nature des échanges. La puissance de l’esprit n’a que faire de la force sinon pour le plaisir et pour se défendre.
Ainsi, la recherche de la vérité ou l’expression d’une réalité s’effectue  dans le champ de la raison dont les règles sont de nature différente de celles qui s’exerce dans le champ de la force. La nécessité d’échanger sur le long terme exclut la force dans les relations car son usage en affaiblissant les partenaires et à plus forte raison en les détruisant réduit la capacité d’échange faute de partenaires.
La sélection ou la discrimination de partenaires en vue d’une domination produit le même effet. Cette stratégie à court terme crée un environnement hostile qui peut à tout moment par une inversion du rapport de force réduire à néant les projets. Le jugement sur l’apparence des partenaires n’est pas à l’abri d’une erreur d’appréciation. La discrimination qui en résulte est un facteur réducteur de la capacité d’échange. Ni la couleur de la peau, l’origine sociale ou tout autres particularités ne peut la justifier. Elles ne traduisent en rien les potentialités d’échanges qu’elles cachent. Les attitudes ouvertement hostiles ou susceptibles de provoquer une discrimination nuisent aux échanges.
Au contraire, le désir réciproque d’échanges dans la confiance en l’absence de la crainte de la violence crée les conditions de la productivité sur le long terme. Les flux d’échange dans une relation de confiance s’autorégulent pacifiquement par le jeu du libre consentement mutuel. C’est pourquoi, le libre consentement mutuel s’impose comme la règle qui doit régir les échanges entre partenaires responsables.
L’application de cette règle est universelle, toutefois, elle ne légitime pas automatiquement les décisions qui en résultent. Elle est seulement une condition pour des échanges performants rendus possibles grâce à l’autonomie relative des partenaires. La légitimité de la décision restera déterminée par son absence de nuisance pour la vie individuelle et collective.



La confiance

Nous avons vu que le sens moral était donné par l’ultime projet et que la morale était la science des échanges. L’autonomie est ainsi apparue comme la première condition à la bonne réalisation des échanges. On comprend pourquoi le besoin vital des échanges est à l’origine d’une lutte acharnée pour la liberté par tous les peuples au cours de l’histoire. Mais si l’autonomie est la première condition exigée pour l’efficacité des échanges, elle existe une autre condition indispensable à leur fluidité.
L’autonomie permet une bonne gestion des échanges. Pour que la mécanique des échanges fonctionne avec le minimum de friction, un sentiment très important va jouer le rôle de lubrifiant : la confiance. Celle-ci crée les conditions pour que les échanges s’effectuent en qualité, en quantité et en diversité avec un maximum d’économie d’énergie. Ce sentiment est un des secrets de la réussite des entreprises collectives.
Pour exister, la confiance exige un sens moral partagé. Ce sentiment est inné, mais sa pratique maîtrisée a besoin d’être éduqué. La confiance trouve sa place entre la naïveté et la méfiance. Elle met en œuvre des qualités intellectuelles, morales, et psychologiques. La confiance pour ne pas être naïf doit s’appuyer sur une capacité d’analyse qui nourrira la conviction de l’absence de danger ou au moins, sa maîtrise dans une relation. La méfiance se justifie lorsque des signes inquiétants appelle le soupçon. En revanche, elle est condamnable lorsqu’elle est suscitée par une peur injustifiée qui empêche l’appréciation objective de la relation. Une méfiance infondée fait baisser inutilement le niveau de rendement des échanges.
La relation de confiance est impossible lorsque les valeurs morales des partenaires sont contradictoires. Si les intérêts s’opposent, les partenaires deviennent adversaires engagés dans une relation de rapport de force. Chacun devient le prédateur de l’autre. Sans la confiance, l’échange se dégrade sous la forme de la roublardise, de la tromperie, de l’exploitation, du vol et peut dégénérer jusqu’à l’élimination physique comme c’est le cas au sein des groupes mafieux.
Les échanges dans la confiance est un des facteurs fondamentaux de l’épanouissement. C’est le rôle de l’éducation que d’apprendre à être digne de confiance et à détecter ceux qui sont dignes de la sienne.
La trahison de la confiance conduit à l’exclusion du délinquant. Sans la confiance, la vie humaine s’apparenterait à celle des animaux sauvages, toujours sur le qui-vive, dont la défense de la sécurité mobilise une très grande part de l’énergie disponible. La productivité qu’apporte la confiance donne un avantage sélectif décisif aux organisations qui la cultivent.



La confiance en soi

La confiance réciproque entre des partenaires est un facteur fondamental pour la productivité des échanges sociaux. En revanche, la confiance en soi, fait profiter à l’individu de la productivité des échanges internes. La confiance en soi crée les conditions pour que les échanges biologiques et psychologiques dans le corps se réalisent au mieux des intérêts de la personne.
L’absence de confiance en soi engendre la peur, l’angoisse et le stress qui sont des émotions perturbatrices pour la santé physique et l’activité mentale. Elles coupent l’appétit et le sommeil, troublent le transit intestinal, affaiblissent l’immunité, nuisent à la pertinence des décisions et d’une façon générale perturbent le fonctionnement de l’individu qui soudain est moins adaptable aux situations particulières de la vie.
Pourtant il est incontestable que la capacité de ressentir ces émotions est indispensable à la protection de soi. Grâce à elles, l’individu est alerté d’un danger ou d’une situation inacceptable. Elles lui permettent de réagir et de trouver des solutions pour échapper à la souffrance ou aux risques, à la condition toutefois que ces émotions ne paralysent pas le mental. Une peur excessive empêche de garder la tête froide et de faire preuve de la maîtrise nécessaire face à l’adversité. La confiance en soi a pour effet de réduire les nuisances des émotions exagérées créées par des agressions réelles ou supposées.
La confiance en soi est une qualité qui s’acquière par l’apprentissage. Elle s’appuie sur des certitudes qui s’apprennent. Le plus souvent, la foi mystique suffit à apporter ces certitudes qui permettent de traverser la vie dans la sérénité. Mais la foi est une voie dangereuse pour le naïf. Elle conduit souvent à des comportements insensés, irresponsables et destructeurs. Aussi, le recours à la raison avec ses arguments rationnels est une garantie pour que la confiance reste dans des limites protectrices.
Il faut se rappeler que la sélection naturelle a produit des êtres vivants dont le fonctionnement est organisé pour survivre naturellement dans les pires conditions. Si rien n’entrave le fonctionnement des organismes vivants, leurs programmes internes, du fait de leurs qualités acquises pour protéger la vie, s’appliquent au mieux pour remplir leur fonction de défense et d’adaptation, biologique ou mentale. L’autonomie de ce fonctionnement apparaît comme la condition de son efficacité. La confiance dans l’organisation biologique interne génère une sérénité qui assure son efficacité par l’autonomie de son fonctionnement. Ce détachement des influences du mental permet au fonctionnement biologique et psychique d’atteindre les limites de leurs meilleurs performances protectrices.
L’effet placebo reconnu par les scientifiques en est une preuve. La confiance dans un médicament placebo ou dans une eau miraculeuse, libère parfois des énergies internes, étonnantes par leurs effets bienfaisants. De même, la confiance dans un gris-gris assure au subconscient une sérénité qui épanouit son potentiel en suscitant à l’insu du croyant des comportements protecteurs.
Mais la meilleure protection de soi est assurée par la confiance en soi, sans intermédiaire, car elle libère de la dépendance d’objets qui ne sont pas indispensables. Elle protège aussi de l’addiction aux comportements superstitieux. Le report de la confiance sur des objets ou des personnes faisant office de gourou fragilise l’individu qui ne croit pas en lui-même. Pour se rassurer, celui-ci est amené à multiplier ses achats de porte-bonheur ou ses visites chez les voyantes, astrologues et autres gourous dont il les croit dépositaires de son destin.
La théorie de la morale de la vie permet de justifier rationnellement la confiance en soi. La lacune dans l’éducation et l’enseignement de son apprentissage conduit vers une inflation de comportements superstitieux. Leur efficacité supposée est généralement proportionnelle à l’investissement financier.
La confiance en soi maîtrisée est l’attitude la plus économique et la plus efficace en toutes circonstances. Elle nous libère de toute dépendance et renforce l’autonomie. L’acquisition de cette maîtrise devrait être un des piliers de l’éducation.



La confiance et les entreprises

Le partage d’une morale commune crée un sentiment de confiance à tous les niveaux des échanges sociétaux. Ce sentiment participe au bon fonctionnement de la société. Les échanges marchands pour être conforme à l’idéal moral doivent aussi susciter un même sentiment de confiance. Le client doit pouvoir consommer sans craindre pour sa santé.
On observe que la sécurité sanitaire est de plus en plus difficile à garantir.
La diversité et l’étendue des connaissances contraignent les scientifiques à se spécialiser dans des domaines de plus en plus pointus. La complexité et la sophistication de leur recherche atteignent des niveaux réservés à une élite. Aussi, l’éventuelle nocivité à long terme de leur production pose un réel problème de contrôle par les pouvoirs publics.
La sécurité sanitaire dans les sociétés modernes est assurée par des organismes de contrôle sous tutelle de l’Etat. On découvre à l’usage qu’ils n’ont pas toute la fiabilité espérée. Les pouvoirs publics n’auraient pas la puissance financière nécessaire pour se doter d’organismes de contrôle efficaces dans tous les domaines de pointe. La création et le fonctionnement de ces institutions publiques exigeraient des investissements comparables à ceux des industries productrices. Il paraît inévitable que la sécurité de demain ne repose plus seulement sur l’efficacité des institutions publiques, mais aussi sur la conscience morale individuelle des chercheurs. Pour que ce sens moral soit partagé par tous, l’éducation nationale devrait remplir sa fonction de transmetteur des valeurs. Le sens des responsabilités incité par le regard intérieur s’élèverait en fonction de la culpabilité qu‘engendrerait le regard social éduqué. Et pour garantir l’exercice libre de cette responsabilité par le salarié qui émettrait des doutes sur une production industrielle, la loi  devrait en assurer la protection.
Les entreprises baignent dans la culture de l’argent. Elle leur fait parfois préférer le profit à la protection de la santé. Les consommateurs le savent et leur confiance dans les entreprises s’atténue au fil des scandales révélés par la médecine. Cette méfiance parfois sans fondement déclenche des réactions violentes dans la panique de l’ignorance.
L’adhésion des entreprises à la Morale de la vie scellée par une charte formelle ainsi que celle de leurs employés disposant de la liberté de s’exprimer sans risque pour leur carrière, élèverait le niveau de sécurité des productions industrielles.
Ce voeu restera pieux tant que la morale ne sera pas acquise dés l’enfance comme pourra l’être une langue étrangère apprise très tôt et ensuite pratiquée pendant toute la vie sans effort.