7- Page 81 à 94

4 – ENSEIGNEMENT ET EDUCATION



La maîtrise du destin

Nous observons aujourd’hui dans l’évolution des mœurs une substitution des valeurs morales  traditionnelles par les valeurs de la morale de l’argent. Ce phénomène n’a été possible qu’à la faveur d’un relâchement de l’éducation morale affaibli par son empirisme. La confusion des valeurs  finalistes de la morale avec les valeurs fonctionnelles de l’économie est un égarement en infraction à la loi de la durée qui risque de faire perdre à l’humanité la maîtrise de son destin.
L’urgence de la reprise en main de ce destin se mesure à toutes les fissures sociales, économiques et écologiques qui signalent une fragilisation inquiétante sinon de l’espèce humaine, au moins de ses conditions de vie.
Il est temps de prendre conscience que les décisions efficaces pour notre avenir doivent concerner les fondements de notre civilisation. Les réformes seront vaines tant que leur sens moral ne sera pas rétabli. Le choix moral sera lui-même vain s’il n’est pas au cœur de l’éducation et de l’enseignement. Grâce au sens retrouvé, il sera plus facile de faire évoluer notre moteur économique vers une meilleure protection de l’espèce humaine, dans la durée.



Éducation et enseignement

La cohésion des sociétés s’est toujours fondée sur des valeurs communes transmises par l’éducation et l’enseignement. Il est regrettable de constater qu’aujourd’hui, une pensée unique impose l’idée que la morale est subjective. Cette conception interdit son enseignement à l’école.
L’éducation nationale a été le vecteur qui a permis aux enfants de toutes origines d’accéder à la connaissance et à ses applications. L’absence d’un enseignement de la morale de la vie à l’école, prive les jeunes citoyens du mode d’emploi de la vie. Les moins favorisés sont ainsi livrés à eux-mêmes faute d’éducation à la maison. Les milliards investis en France  pour réduire la délinquance juvénile, les problèmes d’insertion, la discipline dans les écoles, l’amélioration de la cohésion nationale ainsi que tous les problèmes d’ordre civique, sont dépensés en pure perte car ces investissements s’attaquent aux seuls symptômes des maux de la société. Le cœur du problème se situe au sein de l’éducation nationale à laquelle on refuse, en contradiction avec son titre, sa fonction éducative.



Le rejet de la morale par les institutions publiques

L’élite intellectuelle oublie le rôle fondateur des valeurs  qu’il joue dans les cultures et les civilisations. Cette posture conduit la société vers un avenir incertain. La distance qu’a prise la société moderne par rapport à l’éducation révèle un aveuglement de l’intelligentsia face aux réussites de la science et de ses applications. Celles-ci leur donne l’illusion que les contraintes de l’économie libérale structure une pédagogie suffisante pour pacifier l’humanité et civiliser ses membres.
Les faits semblent leur donner raison.  La vie humaine s’est allongée. Le champ de la liberté avec les communications et les télécommunications s’est accru au profit d’une part importante de l’humanité non plus par la guerre, mais grâce à la recherche scientifique.  La paix a gagné nombres de nations autrefois ennemies parce que la richesse, aujourd’hui, dépend moins  de l’expansion territoriale que des échanges commerciaux facilités par la mondialisation. Les échecs des idéologies totalitaires dont le communisme est le dernier exemple historique ont achevé de convaincre que la liberté économique et les progrès de la science apportaient de meilleures solutions aux problèmes des sociétés que les idéologies. L’évolution prodigieuse de la médecine, de toutes les formes de communication, de l’agriculture et de l’industrie ont aveuglé les élites qui ont surestimé la capacité du libéralisme et de la science à améliorer le sort des citoyens.
Par ailleurs, les traditions morales religieuses et républicaines, par l’inertie de leurs effets positifs, ont masqué pendant un temps les lacunes d’une éducation et d’un enseignement exclusivement orientée vers la formation professionnelle. Elles ont laissé croire qu’il était inutile d’envisager une éducation publique au sein de l’éducation nationale. Elles ont nourri l’optimisme pleutre de la classe politique face aux problèmes que poses l’éducation morale à l’école. Au nom de la paix sociale, et par facilité, l’éducation a été laissée à l’initiative de la famille et des institutions religieuses.
L’abandon aux familles de cette responsabilité par les Etats explique les difficultés relationnelles qui surgissent, en s’amplifiant, dans nos sociétés. La diversité des traditions philosophiques et religieuses, la disparité de leur ancrage familiale et l’influence de la culture de l’argent modèlent une jeunesse aux valeurs hétérogènes. La cacophonie culturelle qui s’ensuit, par manque de cohérence, déstabilise les sociétés dont le sens moral est perdu. Le désarroi face à l’absence de certitude renforce l’individualisme prôné par l’économie libérale. Les citoyens ne sont plus des partenaires, mais des adversaires potentiels isolés.
Cette situation crée les conditions d’une désagrégation de la civilisation contemporaine. L’impression que plus personne ne maîtrise quoique ce soit est vérifié par l’inefficacité de la volonté, même exprimée au niveau international, de résoudre ensemble les problèmes de pérennité de l’espèce humaine. La pollution et la violence pourrissent le biotope et la biosphère de la planète terre sous les yeux de leurs auteurs impuissants. Certes des décisions au niveau international sont envisagées.  L’inertie de la culture de l’argent fait traîner les pieds de bons nombres de nations. Un constat qui n’incite pas à l’optimisme.
Le déficit éducatif dans les démocraties occidentales se traduit par des signes de décadence. La jeunesse défavorisée ignorante du sens de la vie et des règles qui l’épanouissent s’exprime instinctivement à l’intérieur de bandes rivales dans un esprit tribal. Incapable d’établir une relation de confiance avec le reste de la société, une partie des moins intégrés de nos concitoyens en augmentation constante, s’affirme comme une force potentiellement ennemie. Quel que soit le respect que peuvent leur témoigner l’autorité politique ou policière, elle manifeste l’agressivité de l’animal sauvage qui refuse le contact avec la civilisation. Leur violence gratuite sous prétexte d’un refus politique de l’ordre établi, est le résultat d’une régression dont la volonté de reconnaissance tribale par l’affrontement physique et la défense du territoire sont les symptômes.
Un retournement de situation sera envisageable quand un consensus national sera trouvé sur l’opportunité d’introduire la morale au cœur de l’éducation et d’en faire une matière à part entière à enseigner. Bien évidemment, cette éducation et cet enseignement n’enrichiront pas les pauvres dont la souffrance est la conséquence d’une organisation économique et sociale dévoué au culte de l’argent et qui ignore le partage équitable de la richesse.
 Toutefois, en modelant les jeunes vers plus d’adaptabilité, la pratique de la morale faciliterait leur insertion dans une société qui serait elle-même de plus en plus adaptable à l’environnement mondial. Cette capacité d’adaptation se traduirait par une meilleure assimilation des valeurs bénéfiques de l‘économie libérale. Elle conduirait à rejeter les mécanismes dont les nuisances sont avérées. Elle faciliterait l’émergence d’une volonté commune de faire évoluer sans état d’âme le fonctionnement de notre société.
La perte du sens du bien commun disperse les efforts individuels. Elle rend impossible leur regroupement pour un combat unitaire en vue d’une évolution de règles économiques et financières, qu’elles soient nationales ou internationales, vers plus d’équité.



L’apprentissage

L’adaptation est le principe moteur de la capacité à durée. C’est une loi générale. L’organisation biologique pour durer, est ainsi condamnée à s’adapter perpétuellement. Par cohérence avec la biologie dont elle est issue, la culture qui est une organisation de l’information est, elle-même, condamnée à s’adapter pour participer à cette même finalité.
 La durée en biologie est assurée par la transmission des gènes tandis que celle de la culture est assurée par l’apprentissage. Les adaptations successives intègrent la biologie et la culture par la transmission génétique ou la transmission éducative.
Pour mieux comprendre l’importance de l’éducation, il faut examiner les mécanismes de l’apprentissage.
L’apprentissage suit un processus inverse de la création du monde. L’univers s’est créé à partir d’éléments simples et s’est complexifié pour atteindre notre réalité d’aujourd’hui. À l’inverse, le cerveau perçoit d’abord cette réalité aboutie d’une façon globale pour ensuite par l’expérience et la réflexion, en découvrir les coulisses de l’infiniment petit à l’infiniment grand.
Le mouvement initial de l’univers a permis l’échange qui a créé des éléments complexes à partir d’éléments simples. Ce processus a perduré parce que ces éléments complexes bénéficiaient d’une qualité particulière, celle de la durée, donc de la stabilité. Un édifice ne peut durer sans la stabilité de ses briques. Il en est de même pour l’univers culturel d’un cerveau humain qui se construit sur la mémorisation de chacun de ses éléments, véritables briques de cet édifice.
Pour faciliter la compréhension du mécanisme de l’apprentissage on appellera « duron » une réalité matérielle ou immatérielle autonome. Ce peut être des objets ou des propriétés durables constituant l’univers. Un atome, une molécule, une planète, la lumière, l’attraction, tous ces objets ou propriétés durables sont des durons qui se définissent par leur singularité.
Alors que la création de l’univers est un processus de production de durons, l’apprentissage est un processus de détection de durons.
Le cerveau possède une faculté essentielle qui est celle de détecter la similitude dans la répétition des perceptions. Cette répétition renforce leur mémorisation. Ces perceptions répétées acquièrent ainsi une forme d’autonomie par la durée et la stabilité que leur octroie la mémoire. Ces perceptions singulières mémorisées sont de véritables durons virtuels que les psychologues désignent sous l’appellation de schèmes.
Le cerveau presque vierge du nouveau-né enregistre après sa naissance, grâce à leur répétition, des durons élémentaires comme la nuit, le jour, le mouvement, les formes, les odeurs. Ces schèmes sont les premières briques de son édifice culturel.
Avec le temps, les premiers schèmes élémentaires constituent des arborescences que la répétition de leurs associations a construites. Ainsi la perception de la mère pour le bébé est d’abord un duron arborescent constitué du duron forme qui bouge et du duron plaisir.
Petit à petit, se recrée dans le cerveau une image du monde de plus en plus complexe.
À l’insu de l’individu, le subconscient enregistre les constituants du monde. Avec ses objets et ses lois, la rationalité du monde s’imprime dans l’esprit humain. Ainsi, les lois de la nature sont déjà dans le cerveau humain, avant d’être énoncé par les savants. Enfin, grâce aux symboles, qui nomment les schèmes, la conscience construit une représentation virtuelle du monde, distincte de celle des schèmes.
On comprend pourquoi le contact avec la réalité et son expérimentation est si important pour le développement individuel. La prise directe des sens sur la réalité est la condition nécessaire et indispensable pour la maîtrise de l’homme. Malheureusement, au nom de la recherche du profit, dans la culture de l’argent, les consommateurs sont encouragés à s‘immerger dans des  mondes virtuels réducteurs plutôt qu’à s’enrichir au contact avec la réalité qui seule  contient toutes les lois du monde. De cette façon, la culture de l’argent accomplit insidieusement son œuvre d’asservissement. L’ignorance et le conditionnement passifs sont les chaînes de l’aliénation moderne.



La complexité de l’apprentissage

Une connaissance nouvelle suscite naturellement le désir de son acquisition à condition que son utilité soit évidente et que l’effort de son apprentissage soit inférieur au plaisir de ses bienfaits espérés. L’efficacité de l’acquisition intellectuelle se joue dans le rapport du plaisir à l’effort. Elle est aussi subordonnée à l’expérience et à la maturité des mécanismes de l’assimilation.
La compréhension et la mémorisation mettent en œuvre des mécanismes qui utilisent des enchaînements réflexes de facultés mentales.
Ainsi, une bonne mémorisation enchaîne des réflexes d’attention, d’observation et d’association. Ces enchaînements réflexes de facultés mentales sont assimilables aux routines informatiques. Elles se déclenchent automatiquement au moment opportun, sans effort, à l’instar de ces routines informatiques qui sont de petits programmes à la fonction bien définie, réutilisables dans toutes sortes d’enchaînements à l’intérieur d’un programme. Qu’une routine dans la chaîne d’un processus intellectuel fasse défaut et l’efficacité de l’effort intellectuel est réduite, voir anéantie. Ces routines absentes ou incomplètes expliquent les difficultés scolaires de certains enfants dont le potentiel intellectuel élevé ne se révèle que beaucoup plus tard, lorsque ces routines se sont formées ou complétées.
Le désintérêt de certains enfants pour les études ou pour certaines matières est souvent le signal de l’existence de ces lacunes qui rompent la continuité des enchaînements mentaux. Ces déficiences obligent l’élève à de pénibles efforts qui pourraient être réduit si on prenait la peine de détecter ces handicaps pour les éliminer.
Le processus d’assimilation d’une morale relève du même processus d’acquisition. L’éducation associée à des expériences plus ou moins heureuses crée un système de valeur propre à chaque individu. Ces valeurs s’inscrivent dans une arborescence hiérarchisée dont les lacunes contaminent les valeurs potentielles qui en dépendent. Ainsi, des maltraitances enfantines peuvent, chez l’enfant devenu adulte, par un effet d’autoprotection, altérer tous les comportements avec l’entourage, en les situant systématiquement par exemple dans un rapport de force.
L’objet de la pédagogie n’est pas seulement d’expliquer, d’offrir des exemples et d’inviter à suivre des modèles. Il est une traque des lacunes individuelles et une volonté de contribuer à les éliminer dans un esprit de confiance à l’aide du conditionnement de l’éducation.



Liberté et apprentissage

La liberté a pour origine l’aptitude du cerveau humain à la représentation symbolique des schèmes. La représentation des schèmes par des symboles crée dans le cerveau une représentation virtuelle du monde perçu, aux propriétés spécifiques.
Le schème est l’image d’une réalité perçue par les sens. Le symbole est l’image d’un schème et non celle de la réalité elle-même. Sa propriété qui le différencie du schème est d’être exprimable par un sens. Le schème appartient au langage du subconscient, tandis que le symbole appartient au langage du conscient.
Les symboles constituent un langage autonome par rapport à la réalité. Cette autonomie leur donne une propriété particulière, celle d’être manipulables au point de modifier la perception de la réalité. Ainsi, grâce aux symboles, on peut imaginer que c’est la terre qui tourne autour du soleil et non l’inverse comme les schèmes nous le font percevoir.
Bien que le schème soit directement une création de la réalité perçue par les sens, Il n’en est pas forcément l’exacte représentation.  Une mauvaise perception de la réalité introduira des schèmes erronés dans le subconscient. Lorsque la pensée ne dépend que des schèmes, elle est instinctive et prisonnière d’une perception imposée. L’animal, incapable d’une représentation symbolique ne peut remettre en question cette perception. Il est prisonnier d’une pensée naturelle quasi biologique. On retrouve chez l’être humain cette pensée naturelle dans les situations où il est totalement ignorant. Un citadin immergé d’un coup dans une forêt vierge serait perdu parmi des couleurs, des formes qu’il ne saurait exploiter. Un indigène transporté au milieu d’une ville ressentirait le même désarroi. Il verrait tout, mais ne comprendrait pas grand-chose. La perception sans l’aide de la représentation symbolique asservit l’individu à ses sens.
Le symbole crée une distance par rapport à la réalité perçue. C’est cette distance qui fonde l’autonomie de l’homme et sa liberté. Cette pensée culturelle, propre à la conscience humaine, libère l’homme de ses perceptions au contraire de l’animal qui en reste prisonnier. La liberté est ainsi apparue avec les symboles. Elle s’est élargie avec la complexification des langages. Leurs transmissions de génération en génération s’effectuent par l’apprentissage. Cela explique pourquoi l’apprentissage est la condition incontournable pour accéder à la liberté.
Toutefois, l’apprentissage n’est pas seulement un enseignement institué et un conditionnement social. Il est aussi le fruit de toutes les expériences personnelles.
On peut regretter la trop grande immersion des jeunes dans les mondes virtuels. La richesse de la représentation du monde est totalement déterminée par la richesse des perceptions de la réalité. L’atrophie de l’expérience vécue est certainement une des raisons qui expliquent la docilité moutonnière des jeunes générations envers une évolution dont le sens leur échappe ou au contraire qui explique leurs réactions intempestives face au contrainte de l’adaptation. La capacité à s’adapter à la réalité exige une parfaite perception de celle-ci. L’immersion trop prolongée dans les mondes virtuels est certainement un agent du déclin parce qu’elle freine la capacité d’adaptation.
La liberté civilisée s’étend sur un espace très large quand elle n’est pas limitée par les murs l’ignorance, des convictions erronées, des mauvaises habitudes, l'empirisme de la tradition et des tabous sacrés des religions multiples. L’éducation dans la morale de la vie libère totalement sans que soient rejetées les particularités culturelles. Au contraire, elle donne toute compétence pour jouir au mieux des richesses qu’elles recèlent dans les limites de l’ultime projet.



Raison et apprentissage

Selon la qualité de son contenu, l’apprentissage conduit tout aussi bien vers la liberté que vers l’aliénation.
Le monde virtuel des schèmes se construit à partir des perceptions. Bien que la réalité soit la même pour tous, son image varie selon les individus. Parmi les nombreux processus qui conduisent à brouiller cette image, il en est un qui est la conséquence de l’apprentissage social.
Si le  schème est l’image d’une réalité perçue, il peut aussi être l’image d’une idée imaginaire présentée comme une vérité.
Au cours de leur histoire, les hommes ont inventé nombre de croyances irréelles. Lorsque ces croyances sont introduites dans le cerveau avant qu’il n’ait atteint un développement suffisant pour être capable de les réfuter, elles créent des schèmes d’images imaginaires dont les propriétés sont identiques aux schèmes créés par une réalité tangible. Ces schèmes d’origine culturels ancrent dans la conscience la conviction qu’ils représentent une vérité évidente à l’identique de la majorité des schèmes représentant la réalité perçue. Ils trahissent leur fonction d’origine et s’insèrent dans des arborescences mentales en les polluant. Ils alimentent une pensée qui tiendra pour vraie des convictions erronées. Ils sont à l’origine d’opinons et de comportements irrationnels.
L’introduction d’aberration dans l’apprentissage entraîne des conséquences malheureuses parfois sur plusieurs générations. Ces erreurs appartiennent à un héritage culturel qui peut se transmettre sur des siècles, voire des millénaires, tant qu’elles n’ont pas été corrigées.
L’éthique de l’apprentissage repose sur le respect de la vérité, le goût pour la réalité et la volonté de la percevoir dans un esprit rationnel. L’acquisition de la morale de la vie par son ancrage dans la réalité constitue le meilleur fondement à l’édification de personnalités adaptables et sociables. La rationalité de cette morale lui donne une efficacité supérieure aux morales traditionnelles empiriques. La Morale de la vie trace le chemin vers un espace de liberté plus large et plus protecteur qu’aucune autre morale ne sait offrir avec la garantie de la raison.



Éducation et enseignement de la morale

La Morale de la vie est beaucoup plus efficace lorsqu’un enseignement intellectuel complète le conditionnement de l’éducation.
L’éducation initie à la pratique de la morale. Reçue dans la prime enfance, elle constitue un conditionnement qui a pour avantage une pratique sans effort pour le reste de l’existence. Ce conditionnement est ressenti à l’âge adulte comme ayant une origine naturelle au même titre que la langue maternelle. L’assimilation précoce des valeurs polarise la construction culturelle de l’individu pour le restant de sa vie en lui donnant un sens moral quasi définitif. Toutefois ce conditionnement ne garantit pas une vie morale. Les limites de son efficacité est le même que celui de l’apprentissage très jeune d’une langue étrangère qu’on peut remplacer sans la perdre par une autre, à l’âge adulte.
La pratique de la morale acquise uniquement par conditionnement reste fragile si sa légitimité n’est pas confirmée par une théorie bien assimilée. Cette fragilité se manifeste couramment chez les adolescents qui refusent les valeurs de la morale et plus encore ses contraintes  fautes d’en avoir compris le sens et la rationalité. Les démonstrations rebelles de ces jeunes qui consternent les parents ne présument pas forcément une éducation ratée. L’incrustation de valeurs essentielles dans le subconscient de l’enfant créée par un environnement familial porteur de ces valeurs, est un gage d’optimisme. À l’adolescence, en l’absence de rituel  de passage à l’âge adulte, profitant de sa dépendance matérielle et de l’irresponsabilité de sa condition de mineur, le jeune invente des comportements affichant une indépendance sous forme de provocation. Celles-ci, parfois à la limite de la délinquance, cessent, dès lors que le jeune devenu adulte est placé en situation  de se prendre en main face à la réalité de la vie.  C’est à ce moment-là que les valeurs souterraines acquises mais oubliées dans la pratique refont surface. Éloigné de toutes formes de pression familiale, le jeune adulte se trouve confronté aux choix immenses que lui offre sa liberté de majeur. Faute d’alternative précise et pour éviter le stress de la confrontation sociale, le jeune adulte choisit les options les plus en accord avec lui-même. En effet, la transgression d’une valeur intime perturbe profondément l’équilibre personnel dans une situation de responsabilité. On sait qu’une personne honnête se rend malade à l’idée de voler même par nécessiter. Le jeune adulte suivra donc la pente qui exige le moindre effort, celle que les valeurs acquises dans l’enfance auront tracée. Après les avoirs expérimentés dans la vie, il ne tardera pas à les revendiquer avec la même vigueur qu’il déployait à l’adolescence pour s’y opposer.
Toutefois le conditionnement présente un risque, celui d’ancrer les comportements inadaptés d’une éducation imparfaite. La prise de conscience de ces imperfections par les inconvénients qu’elles entraînent peut donner l’envie de les corriger. Mais ce désir d’évolution  bute généralement contre un sentiment de culpabilité qui fait hésiter à poursuivre l’effort. Ce sentiment survient dès lors que l’on tente de se comporter en opposition avec les valeurs ancrées au plus profond de soi.  L’appel à une théorie de référence est alors indispensable si l’on veut s’opposer à un conditionnement moral. Cette référence sert de guide, conforte la volonté et évite les égarements.
L’absence de référence rationnelle chez les intellectuelles qui rejettent certains aspects d’une éducation superficielle les prédispose à se jeter aux pieds de théoriciens du changement utopique. La primauté du raisonnement sur un conditionnement faible ou inadapté, trait souvent observé chez les intellectuels, conduit vers des dérives condamnables par la soumission à des systèmes de valeur nuisibles. Les révolutionnaires, les anarchistes notamment font partie de cette population d’intellectuelles qui manifestent un amour quasi mystique pour le raisonnement. En fait, cette  soumission à la logique est souvent un prétexte pour légitimer des comportements caractériels. Ils feignent d’oublier qu’un raisonnement à partir d’informations erronées ne conduit pas vers la vérité.
C’est pourquoi, au conditionnement de l’éducation, il paraît essentiel d’associer un enseignement intellectuel de la morale de la vie qui servira de référence pour tous ceux dont l’emprise de l’éducation est inférieure à celle d’une conviction acquise par une théorique. Cet enseignement, pour être efficace, devra être adapté aux différents âges, de la maternelle jusqu’aux plus grandes écoles.
Face au doute qui paralyse l’individu lorsque son éducation lui semble inadaptée dans certaines situations de la vie, la connaissance intellectuelle de la morale de la vie est certainement la parade. La maîtrise de la théorie de la morale de la vie lui suggérera des solutions pragmatiques pour pallier  les erreurs de l’éducation en le libérant de choix apparemment cornéliens.



L’interdit

Dans la morale de la vie, l’interdit concrétise l’ultime frontière qui borne l’espace de liberté. Il est le dernier rempart de la protection de la vie humaine. Au-delà de cette frontière constatée par l’homme, règne la souffrance et la mort. L’interdit mal compris est toujours perçu comme une barrière culturelle contre-nature. Face à la curiosité et aux pulsions de vie qui invitent à les transgresser, la protection de la vie et le risque de trahison de l’espèce humaine sont des arguments universels qui légitiment l’interdit.
Pour que son respect n’entraîne pas de frustration, l’interdit doit être ressenti comme une limite souhaitée et non comme une contrainte. Son ancrage dans le subconscient dès le plus jeune âge par l‘éducation constitue la meilleure voie pour atteindre ce résultat. Plus tard, l’expérience pourra compléter les lacunes de l’éducation.
Au cours de son éducation, l’enfant n’a pas la capacité de comprendre intellectuellement le sens de l’interdit. Il intériorise ces interdits au niveau des schèmes par l’observation des modèles et leur imitation sous l’impulsion de l’autorité. Avec la maturation du langage et en s’appuyant sur son expérience, l’enfant découvre les explications justifiant leur existence. Cette compréhension renforce dans son esprit, leur légitimité.
Il peut être judicieux de manifester une attitude de tolérance envers certains comportements pour qu’après une explication, l’enfant selon sa maturité puisse par l’expérimentation, éprouver dans son être les inconvénients de la violation d’un interdit mineur, à la condition que les conséquences nuisibles soient supportables par lui-même et son entourage. L‘expérimentation de l’erreur invite souvent à la reconnaissance du bien fondé de l’interdit.
Dès que possible, au cours de l’éducation, l’interdit doit être expliqué à l’enfant. Cette attitude pédagogique facilitera l’émergence d’un regard positif envers l’interdit. Au contraire, l’incompréhension d’une limitation de la liberté engendre une frustration et un sentiment de révolte qui favorisent la transgression et la récidive. Il appartient à la science de l’éducation d’inventer les expérimentations didactiques les plus efficaces et les moins risquées, sous forme de jeu de rôle par exemple, pour faire acquérir aux enfants le sens des limites.
L’adoption de la Morale de la vie implique la prise en compte d’une nature humaine dont la formation par l’expérimentation est répétitive de génération en génération. Dans ces conditions, on comprend l’intérêt d’investir dans une science de l’éducation dont les fruits seront appréciés demain, et dans les siècles à venir.



L’expérimentation

De génération en génération la culture se transmet par l’éducation qui structure l’expérience individuelle.
L’enfant ne connaît ni ne maîtrise la vie qu’à travers son expérience quotidienne. En l’absence d’éducation, l’expérience n’a de sens pour lui qu’en tant qu’apprentissage de la satisfaction de ses besoins. En revanche, une éducation morale donne un sens à sa connaissance expérimentale et lui fait découvrir intuitivement les notions de bien et de mal qu’il comprendra intellectuellement avec l’âge.
Malgré les efforts des éducateurs, l’apprentissage des bons comportements se réalise toujours partiellement du fait des influences  incontrôlables de l’environnement et d’une transmission imparfaite de la morale.
L’autorité, l’enseignement intellectuel et les modèles ne suffisent pas à supprimer l’immoralité résiduelle des individus. L’expérimentation de l’erreur est une voie d’évolution complémentaire à condition qu’elle soit suivit dans une ambiance consensuelle. Cette expérimentation peut s’opérer dans un cadre éducatif maîtrisé ou dans l’intimité de la vie individuelle.
 L’art d’un bon système éducatif est d’apporter les avantages de l’expérimentation sans les nuisances. Dans l’enfance, on peut avantageusement se passer de situations réelles et en limiter les risques par l’expérimentation des valeurs morales et culturelles à travers des responsabilités, des jeux de rôles et des situations virtuelles.
En dehors du cadre éducatif, il est souvent nécessaire d’expérimenter le mal par soi-même pour en découvrir la nocivité. Toutefois, si certaines restrictions ne sont pas respectées, cette expérience peut être rejeté par l’entourage et présenter un risque conflictuel. Pour que cette expérience s’inscrive dans un processus éducatif, l’élève doit en accepter les règles. Le bénéfice de la tolérance est profitable si l’élève accepte d’être prévenu des conséquences nuisibles de son expérimentation et si ces dernières sont sans dommages sévères pour lui-même et l’entourage. Quand on est sérieusement averti des conséquences nuisibles d’un mauvais choix, le plus souvent, la répétition prévisible des nuisances finit par lasser de ces choix. On devient plus perspicace dans ses décisions.
Cette éducation dans la vie quotidienne repose sur la tolérance qu’il importe de ne pas confondre avec la permissivité.