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5 – AMOUR ET SEXUALITE


L’amour
   
    Les nombreuses acceptions du mot amour français renvoient à l’empirisme des morales religieuses et à l’influence de la morale de l’argent.
L’amour passion, l’amour mystique, l’amour possessif, l’amour généreux, l’amour familial, l’amour sexuel, tuer par amour, toutes ces expressions révèlent une grande diversité de la nature des relations amoureuses sans pour autant préciser véritablement la définition de l’amour.
L’approche de l’amour dans la morale judéo-chrétienne et celle de l’argent se ressemblent par leur excès et s’opposent par leur fondement.
La dualité de l’échange est au cœur de l’amour. La morale Judéo-chrétienne valorise le flux donneur et réprime jusqu’au sacrifice le flux receveur souvent confondu avec le flux preneur. La générosité est valorisée à l’excès au contraire de la morale de l’argent pour laquelle l’égoïsme est à l’origine de la « cupidité vertueuse », fondement du capitalisme. Dans cette concurrence de moeurs, la morale de l’argent semble prendre l’avantage.
La relation d’amour, selon la Morale de la vie, se différencie des autres morales par la recherche de l’équilibre des flux dans les relations humaines. Dans l’union fusionnelle, la distinction entre les flux receveur et preneur peut sembler disparaître. Lorsqu’on s’offre entièrement, le partenaire peut choisir le plaisir qui répondra  le mieux à son caprice du moment. Ce qu’il prend en réalité n’est qu’un choix de ce qu’on lui offre. Le libre consentement mutuel purifie les flux au sein de la pratique de la morale de la vie. Cette morale permet de définir précisément l’amour. Le projet de l’amour est de protéger la vie d’une personne ou d’un groupe en éprouvant du plaisir. En l’absence de plaisir, cette protection est perçue comme un devoir dans les  sociétés civilisées mais elle se transmute en amour lorsque ce devoir procure du plaisir au protecteur.
La notion de protection recouvre tous les comportements qui protègent directement par la satisfaction des besoins fondamentaux ou indirectement par ceux qui libèrent les échanges, leur donnent un contenu de qualité, conduisent vers une autonomie adaptée et tous les comportements qui renforcent le goût de vivre sans nuisance.
Un amour durable exige une réciprocité suffisante du don de soi. L’inégalité de l’offre, dans les échanges, sur une période trop grande, conduit à un affaiblissement d’un des partenaires qui, bientôt, pour se protéger devra se résoudre à arrêter la relation.
Dans une véritable relation d’amour, le bonheur de chacun à protéger l’autre, notamment par le plaisir, crée une autorégulation réciproque des échanges qui les pérennise.



Amour et robot

    L’affection donne à la relation une grande intensité d’échange dont la richesse dépendra de la qualité des partenaires. Ainsi le potentiel d’échange avec un objet, un animal ou un être humain diffère en qualité, en quantité et en diversité.
Un objet construit par l’homme, quel que soit son niveau de sophistication n’apportera jamais la richesse d’échanges qu’un être naturel peut offrir et à plus forte raison un être humain. La plupart des individus établissent naturellement une hiérarchie dans l’amour qu’il prodigue envers les êtres et les choses, conformément au leur potentiel d’échange. Mais avec le développement de l’informatique, cette hiérarchie pourrait ne plus être évident pour tout le monde.
Les industriels fabriquent aujourd’hui, des êtres mécaniques dont l’aspect et les comportements humains font illusions. Il est probable qu’en plus de l’admiration pour leurs compétences sophistiquées, ces robots auront bientôt la capacité de susciter de l’affection, voire de l’Amour.
L’amour selon la morale de la vie est un sentiment qui implique une relation d’échange total  en vue d’une protection absolue de l’être aimé.
L’amour porté à des objets présente des inconvénients et des risques. Quelle que soit l’intensité amoureuse porter à un objet, les échanges seront limités. Mais le plus grave est certainement le détournement que constitue cette relation, d’une énergie protectrice. Cette compétition affective avec des objets est une véritable trahison de l’espèce humaine. Dispenser son amour à un objet revient à gaspiller une énergie protectrice et créatrice précieuse aux dépens de son entourage humain. Pour éviter cette trahison, les industriels devraient s’interdire de créer des objets dont l’apparence et la personnalité humanoïde tromperaient le cœur de leur utilisateur.
La fascination qu’éprouve l’homme à vouloir reproduire des êtres à son image pourrait bien un jour lui faire perdre sa liberté. La volonté d’attribuer des comportements humains à des robots conduit à les doter d’une autonomie toujours plus grande. Or l’un des principes de l’autonomie est l’auto protection. Un organisme autonome, structurellement cherche à réunir les conditions pour durer. Des robots auto éducables pourraient un jour être capable de créer un état de dépendance de l’homme afin d’assurer par un chantage implicite leur propre existence.
 L’homme n’a aucun intérêt à se créer des concurrents. Leur aspect physique et leur ressemblance mentale pourraient nous leurrer et nous éloigner de la morale de la vie dont le sens est notre propre protection. Toutes les œuvres humaines, sans exception, sont destinées directement ou indirectement à protéger l’individu. Des robots capables de capitaliser l’énergie protectrice risqueraient d’abuser l’homme et de l’entraîner sur le chemin de la soumission. L’homme ne peut laisser à des objets la maîtrise de son destin.
Si aujourd’hui, la liberté n’est qu’une soumission à la puissance de l’argent, demain à cause de la vénalité et de la vanité de produire des êtres semblables à l’homme, cette liberté pourrait bien être aussi à la merci de l’intelligence artificielle.
Le détournement de l’amour en dehors de l’espèce humaine prive ses membres d’une protection vitale et hypothèque leur avenir.



Éducation et liberté sexuelle

    Le projet de la relation sexuelle hormis celui de la reproduction est de protéger le partenaire en renforçant son goût de vivre avec le plaisir du corps.
La recherche de partenaires et les échanges amoureux sont régis par les lois générales des échanges issus de la Morale de la vie.
Deux règles cardinales définissent l’échange dans l’espace de liberté de la Morale de la vie : le libre consentement mutuel et l’absence de nuisances aux conséquences de l’échange.
Le rôle de l’éducation est de conditionner à vivre la richesse des échanges en observant ces deux règles. L’éducation selon la Morale de la vie développe la capacité à donner du plaisir autant qu’à le recevoir. Elle fait découvrir les valeurs morales et les vertus. Elle met en évidence leur rôle dans la séduction par la générosité et la confiance qu’elles suscitent sans lesquelles la relation n’a pas d’avenir. Ainsi la liberté sexuelle sera d’autant mieux exploitée que l’éducation aura développé des qualités morales, artistiques et intellectuelles.
L’éducation artistique donne aux échanges une dimension émotionnelle amplificatrice de plaisir.
L’éducation intellectuelle ajoute au plaisir des sens, la dimension de la connaissance par l’échange du savoir et de la réflexion.
L’apprentissage de la pratique érotique apporte la connaissance du corps et l’expérience de son toucher. Il développe le talent dans l’utilisation de tous les sens pour le plaisir.
L’éducation à la liberté sexuelle est le meilleur chemin pour éloigner de la vulgarité et de l’obsession engendrée par la frustration. L’enseignement de la sexualité avec les valeurs de la Morale de la vie donne à la libre expérimentation tout son pouvoir éducatif. Il prépare à la relation unique, débarrassée des frustrations. L’enseignement associé à l’expérimentation prépare naturellement à préférer la qualité relationnelle plutôt que de la quantité, celle du raffinement plutôt que de la goinfrerie.
La richesse de la culture amoureuse est incompatible avec un puritanisme qui répugnerait à faire l’éducation sexuelle des jeunes. Ce refus revient à abandonner les jeunes à leurs instincts, avec pour seul cadre une tradition empirique. Cette attitude prépare le terrain à la délinquance sexuelle qui, en se développant, offrent au puritanisme libéral les arguments de son prosélytisme. Profitant des conséquences désastreuses de cet abandon éducatif, les lobbies religieux instrumentalisés par la culture de l’argent justifient la répression sexuelle au nom d’un ordre divin au profit de l’ordre public. La frustration qui résulte de cette attitude puritaine profite finalement à la consommation marchande dynamisée par la compensation libidinale.
La Morale de la vie, par son fondement, invite à l’apprentissage de la relation amoureuse en dehors de toute pudibonderie. Le respect de ses valeurs éloigne de la vulgarité et conduit vers la maîtrise de sensations et d’émotions menant à l’abandon réciproque dans une confiance fusionnelle.



L’érotisme
   
    L’homme a développé les arts pour que ses sens lui procurent des plaisirs toujours plus raffinés, contribuant ainsi à renforcer son goût de vivre.
L’influence des tabous moraux sur le développement des arts est clairement mise en évidence dans la comparaison des cultures. Ainsi l’érotisme a atteint des sommets de raffinements en Orient tandis qu’en Occident, la culture judéo-chrétienne criminalisait la sexualité hors mariage. Dans cette région, le rejet du sexe a réduit la fonction sexuelle à la reproduction. L’art de l’amour n’a pas progressé. Cette atrophie culturelle a limité la capacité d’échange des couples et contribué au développement de la vulgarité.
Ainsi, l’art du toucher est inexistant dans les cultures judéo-chrétiennes, alors que dans les cultures orientales, il tient une place importante. La pratique courante des massages et la diversité de leurs techniques en témoignent. Cet art est profondément pacifique. Il a été observé que les sociétés réfractaires au toucher étaient plus violentes que les autres.
Lorsque la sexualité est une activité encadrée par une tradition différente de celle de l’occident comme en Thaïlande où la sexualité est peu limitée par les tabous, on observe la quasi-absence de pratiques vulgaires. À l’opposé, en occident, paradoxalement, où sévit une culture sexuelle judéo-chrétienne culpabilisante, les pratiques vulgaires (maso, sado, scato, uro…) sont répandues. Loin d’être un enrichissement culturel par la créativité qu’elle suppose, elles expriment une perte du sens de la relation sexuelle par la substitution du déclencheur érotique que devrait être l’émotion amoureuse par la douleur ou la transgression.
Dans la culture de l’argent, les tabous sexuels réduisent au silence les parents et les éducateurs face aux interrogations des jeunes. L’attitude éducative actuelle est d’estimer que les jeunes doivent découvrir la sexualité par eux-mêmes et entre eux. On leur demande ainsi de réinventer l’art de l’érotisme et de l’amour comme s’il était raisonnable qu’ils réinventent l’art de la peinture ou la pratique d’un sport collectif en l’absence d’un professeur. Sans éducation, les jeunes livrés à eux-mêmes sont de plus en plus nombreux à s’adonner aux violences sexuelles.
De plus, le blocage sexuel des parents transmet à leurs enfants un sentiment de honte qu’ils éprouvent à chaque occasion où la sexualité les concerne directement.  Les conséquences de cette mauvaise éducation des parents sont parfois dramatiques. Ainsi, lors d’avance pédophile, la honte fait craindre à l’enfant de se confier à ses parents. Livré à lui-même, l’enfant est une proie fragile. La honte éprouvée par les parents est un obstacle pour la sauvegarde des enfants.
La permissivité sexuelle de la culture de l’argent trouve ses limites dans le champ commercial. Le sexe en effet est totalement déculpabilisé dès lors qu’il se pratique dans les circuits commerciaux vers lesquels la pudibonderie imposée dans les relations quotidiennes oriente la libido. Si l’industrie du sexe offre la quantité, elle offre rarement la qualité espérée. La frustration qu’elle engendre faute d’alternative concourt à y avoir recours et contribue à sa prospérité.
L’enseignement et l’éducation sexuelles se justifient à cause de la complexité des qualités physiques, mentales et morales mises en œuvre dans cette activité physique et affective, indispensable à l’épanouissement individuel.
La connaissance du corps, la culture érotique et la qualité des échanges nécessitent un apprentissage bien conduit. Cadré par la morale de la vie, l’érotisme peut s’enseigner et se développer comme un art essentiel à la qualité de la vie.



Pudeur et pudibonderie

    La pudeur est un sentiment d’évitement de la souffrance. Elle invite à détourner l’attention d’une personne dont on estime que sa situation peut porter atteinte à sa dignité. Le regard, dans ces conditions, s’apparenterait à un voyeurisme humiliant pour la personne concernée.
La pudeur invite aussi à éviter de créer des envies chez des témoins qui ressentiraient de la souffrance faute de pouvoir les assouvir. Ce sentiment dans cette application est souvent confondu  avec la pudibonderie dans la culture de l’argent.
La pudeur peut être ressentie comme un sentiment de honte suscité notamment par la nudité du corps. Cette honte est parfaitement en accord avec les valeurs de la culture de l’argent qui considère le corps comme un danger potentiel pour soi et pour les autres en dehors du secteur commercial. Dans cet esprit, le corps est un objet de désir qui n’appartient qu’aux partenaires légaux et qu’il faut extraire à tout prix du regard des autres sous peine d’une condamnation sociale, origine de la honte.
D’une façon plus excessive, on retrouve cette conception chez les musulmans extrémistes qui voilent leur femme de la tête au pied. Sur ce plan, le libéralisme sauvage et l’islamisme dans leur application extrémiste se rejoignent comme deux frères ennemis.
Dans les deux cas, un même processus sert une cause différente. La pudibonderie réprime la libido pour la réorienter vers une autre finalité que celle d’épanouir la vie. Ainsi chez les religieux, elle oriente la libido vers le mysticisme par le sacrifice gratuit de la vie tandis que, chez les libéraux, ce sacrifice conduit vers la consommation.
La pudeur selon la morale de la vie est un sentiment de gène qui s’éprouve à l’idée de ressentir ou de provoquer un trouble perturbant, notamment du fait  de la nudité. La pudeur invite à détourner le regard qui semble humilier la personne dévoilée ou à voiler le corps nu pour éviter de troubler inopportunément des spectateurs involontaires. D’une façon générale, la pudeur motive une correction d’un comportement afin d’apaiser un trouble gênant ressenti chez autrui. La pudeur ne doit pas pour autant susciter un comportement stéréotypé. Le sentiment de pudeur est une alerte provoquée par des paroles ou la vue du corps dont les effets seraient malheureux et le comportement pudique se déduit de cet effet et non de l’acte lui-même.
La nudité est un état naturelle mais elle est une source de malaise pour ceux qui, à un moment donné de leur vie ou de leur journée, ne souhaitent pas être perturbé par des émotions érotiques. Dans la vie quotidienne, les responsabilités et les occupations exigent une concentration de qualité pour être bien assumé. Devant la nudité voilée, les gens mariés, les religieux, les personnes volontairement chastes et celles qui souffrent d’un handicap économisent les efforts qui seraient nécessaires pour lutter contre une concupiscence stérile.
Mais la nudité ne suscite pas en toute circonstance le trouble. Elle est impudique lorsque sa motivation est une séduction dans un environnement inapproprié. Dès lors qu’elle est justifiée pour des raisons utilitaires, elle n’est troublante que pour ceux qui se laissent aller à leurs propres fantasmes. Ils sont alors seuls responsables de la concupiscence frustrée à l’origine de leur souffrance.
Dans un lieu consensuel, la nudité pour des soins et des ablutions, pour jouir du soleil ou se baigner n’est pas impudique car elle est pratique, utile et libératoire. Elle ne suscite que de l’indifférence ou au mieux un plaisir esthétique. L’expérience des camps naturistes familiaux le démontre. La nudité est une liberté ancestrale que des cultures ignorantes ou perverses ont limité.
La perception morale de la nudité dans la culture de l’argent est partisane car elle la déculpabilise dès lors qu’elle l’expose dans le champ commercial.
Pour la morale de l’argent, la nudité publique consensuelle est un frein aux flux d’échanges commerciaux. Elle est une contre-valeur. Sa reconnaissance comme un état naturel nuit au marché du sexe et au marketing qui l’utilise pour déclencher l’achat. L’affaiblissement de la frustration due à la pratique consensuelle de la nudité réduirait l’impact attractif de la représentation érotique dans la publicité. Afin de protéger son pré carré, sous l’influence complice de sectes religieuses judéo-chrétiennes, la culture de l’argent initie à la honte de la nudité quand elle se situe en dehors du cadre strict du mariage et surtout quand elle n’est pas commerciale.
La honte puritaine nourrit les phantasmes sexuels tout en culpabilisant leur réalisation en dehors du marché. La morale de l’argent légitime le puritanisme avec l’idée subversive que la frustration est un accélérateur d'échange commercial.
La pudibonderie est une véritable valeur morale dans la culture de l’argent car elle procède du fondement de sa morale qui est le profit et son accumulation dans le capital.
La répression de la nudité en exacerbant la sensibilité à l’érotisme frustré fertilise le terrain de la perversion. Ce risque devient un argument supplémentaire pour justifier le renforcement de la répression.
Le puritanisme hypocrite de la culture de l’argent prôné en dehors du marché a transformé la pudeur en pudibonderie naïve. Ce glissement de sens s’est effectué à la faveur du vide laissé par l’absence d’éducation morale.
Ainsi avec la pudibonderie contraignante, le marché faussement libérateur généralise la frustration. Celle-ci nourrit les échanges commerciaux aux dépens des échanges immatériels, généreux, libres et naturels indispensables à l’épanouissement de la vie.
À l’opposé, la pudeur réglée par le libre consentement mutuel définit les comportements les mieux appropriés à un moment donnée, dans un espace de liberté maximum.



L’homosexualité et les minorités

    L’attirance sexuelle entre deux personnes de même sexe est un fait observé dans toutes les cultures et tout au long de l’histoire humaine. L’attitude qu’elle a suscitée a varié selon la morale des peuples. Les différents fondements de ces morales ont créé des comportements d’acceptation ou de rejet.
La morale de l’argent rejette l’homosexualité quand elle est ressentie comme un frein ou simplement inutile aux échanges économiques.
L’invocation de sauvegarde de la famille et les références puritaines religieuses briment l’homosexualité comme toute activité sexuelle hors mariage. Ce prosélytisme de l’austérité sexuelle tend vers un but inavouable et souvent ignoré de ses ardents défenseurs, celui d’utiliser le besoin de compensation de la frustration sexuelle comme facteur de consommation commerciale ou mystique.
Le tabou homosexuel qu’impose la culture de l’argent renforce la discrimination par le jeu du refoulement. La frustration affective et sexuelle des homosexuels refoulés qui s’affirment hétérosexuels et fondent une famille, génère souvent chez eux une violence homophobe. Cette discrimination est un rituel de soulagement de la souffrance. En désignant un bouc émissaire représenté par un groupe social accusé de trahir la société, cette discrimination est en réalité l’expression d’un défoulement de la frustration des accusateurs jaloux de la liberté dont jouit leur victime.
À cette discrimination par la frustration s’ajoute la pression du profit comme facteur de rejet de la différence. La volonté de réaliser des économies d’échelle, par la vente d’un produit unique sur un grand marché, tend à valoriser la normalité statistique. Les compagnies, pour améliorer leur profit, adaptent leurs produits et leurs communications aux besoins du marché dominant. L’hétérosexualité majoritaire s’impose alors naturellement comme la norme. Les minorités sexuelles sont ainsi exclues du paysage culturel. La publicité, les films populaires ignorent les minorités. Cette discrimination induit une marginalisation et parfois une culpabilisation de la différence dont l’homosexuel est une des victimes.
La fonction du modèle est de favoriser l’insertion sociale par la reconnaissance. L’absence de modèles de marginaux dans les médias populaires prive les minorités de repères et les enferme au mieux dans une culture clandestine ou au pire dans la solitude.
Les tenants de la culture de l’argent fondent leurs valeurs sur la tradition. Le flou de cette référence empirique et souvent obscurantiste permet de choisir les seuls arguments en accord avec le fondement de la morale de l’argent en coalition avec le puritanisme religieux américain.
La morale de la vie a pour elle la clarté de la rationalité. Elle détermine la qualité morale de l’homosexualité non pas par son origine génétique ou culturelle mais par ses effets individuels et collectifs.
Les amours homosexuels et hétérosexuels ne se différencient que par la procréation.  Sur le terrain de l’affection et du plaisir, ces amours sont de même nature et remplissent la même fonction. Dans ces unions, on retrouve la même aspiration à vivre des échanges complets et de qualité. La pulsion de vie, à travers les relations amoureuses quelque soient les partenaires, accomplit son œuvre de préservation et d’épanouissement.
La collectivité a tout à gagner à favoriser l’épanouissement des minorités. En effet, quand ses membres sont gorgés de bonheur, ils n’ont d’autre choix pour l’augmenter que de le partager dans une générosité rayonnante. De plus, les minorités bien insérées contribuent largement à l’enrichissement culturel. Une culture tient sa séduction en grande partie de sa diversité. L’apport original des cultures minoritaires est le secret des grandes cultures rayonnantes.
Au cours d’une vie, la rencontre amoureuse quels que soient le sexe et la différence d’âge est une opportunité précieuse que la société doit protéger par ses lois et ses coutumes. Elle est le début d’échanges intenses et de grandes qualités dont les effets profitables rejaillissent sur la communauté.
L’histoire a produit des traditions empiriques qui conditionnent des comportements nuisibles. Il est naturel de les assumer, mais il est aussi de la responsabilité de tous de les faire évoluer par la politique, les médias, les arts et surtout, l’éducation.