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Le mythe de la beauté

L’une des trouvailles initié par l’appât du gain est d’encourager les échanges marchands en flattant les instincts. Le narcissisme exalté par la publicité et les médias a renforcé d’une façon considérable le marché de l’apparence.
Normalement, les implications de la beauté dans les relations humaines vont au-delà du plaisir esthétique. La beauté physique suscite un espoir d’épanouissement par les possibilités d’échanges que suggère l’apparence. La beauté est une promesse d’échange sensuel. Elle fait espérer chez la personne séduisante des qualités morales et caractérielles de même niveau sans lesquelles la belle personne n’est qu’un jouet pour une relation éphémère.
Le mythe de la beauté physique a de tout temps fasciné les hommes. Dans la culture de l’argent, cette fascination est constamment entretenue par une image de soi fortement idéalisée par les  médias. Ce contenu éditorial est motivée par le juteux commerce de l’apparence. La culture de l’argent s’attache à flatter la beauté en délaissant les qualités morales si bien que la beauté n’est plus qu’un joli porte-monnaie rebondi vide des pièces qui en font sa réelle valeur. En effet, ce sont les qualités morales qui garantissent la qualité des échanges indispensables à un épanouissement durable. Dans une relation affective, la prééminence des qualités morales sur l’aspect physique est l’assurance de découvrir derrière l’apparence, les clés cachées qui ouvrent les portes du bonheur. Le culte de la beauté physique étouffe les aspirations profondes d’échanges intenses au profit de comportements superficiels. 
L’harmonie et la cohérence entre la beauté physique et les qualités morales caractérisent le fantasme idéal que les poètes et écrivains au cours des temps ont transformé en mythes. Mais la quête de ces mythes est le plus souvent la poursuite d’une utopie. La beauté physique et la beauté intérieure  sont rarement jumelles et la recherche aveugle d’un modèle standard idéal conduit généralement à la désillusion. La singularité des besoins de chaque individu appelle des partenaires tout aussi singuliers. La beauté physique est un mythe qui fait rêver. Mais, la choisir en délaissant la réalité globale de la personne, revient à préférer un plaisir éphémère à un bonheur durable. La culture de l’argent ne nous apprend pas à affronter la réalité. Elle ne nous pousse pas à rechercher derrière l’apparence la beauté cachée, unique et imprévue susceptible de nous combler. Elle préfère les promesses de l’apparence en vantant l’esthétique conventionnelle.
Ce culte de la beauté commerciale renforce la solitude des consommateurs. Quand toute l’attention est accaparée sur sa propre image, les autres ne sont plus des partenaires potentiels dans une relation d’échange, mais de simples spectateurs. La culture de l’argent isole la vie de chacun d’entre nous dans un rôle de mannequin ou de spectateur. Nous vivons dans la solitude de l’artiste soucieux de son propre succès et envieux de celui des autres.



La solitude

La culture de l’argent est une culture de la solitude. L’individualisme plonge le citoyen dans une solitude dont cette culture se repaît par les profits qu’elle génère.
La vie est un produit de l’échange. Sa pérennité et son épanouissement dépendent de la quantité, de la diversité et de la qualité des échanges. La solitude du fait de la réduction des échanges est l’état opposé à l’épanouissement de la vie, sauf dans quelques cas particuliers.
La solitude place l’individu dans l’impossibilité d’avoir des échanges avec ses congénères. En revanche, elle favorise les échanges entre sa conscience et sa mémoire. Vécue dans la nature, elle facilite l’échange avec l’environnement. La solitude souhaitée ou imposée sur une courte période est un moment privilégié pour la réflexion et la conduite d’analyse dont les conclusions sont utiles ultérieurement pour l’amélioration des échanges dans la vie quotidienne.
En revanche, la solitude persistante et subie est source de grandes souffrances et provoque des dommages physiques et mentaux qui peuvent conduire à la mort. Dans la solitude prolongée, la pulsion de vie assoiffée d’échange torture l’esprit et le corps, aussi douloureusement que la faim et la soif. La contrainte à une longue solitude est un crime contre la vie. Rien ne peut justifier un tel traitement qui fait souffrir, affaiblit, n’apporte aucune solution et suscite la rancœur. La solitude est une torture propre. L’ignorance de son sens déculpabilise la société quand elle condamne à la souffrance de la solitude, pour des raisons différentes, les délinquants, les personnes âgées et les minorités.
L’isolement n’est pas la seule source de la solitude. Au sein de la société active, la mauvaise qualité des échanges enfonce l’individu, dans une solitude insidieuse. La culture de l’argent en modelant les individus et l’organisation de la société dans l’unique intérêt des financiers, privilégie les échanges marchants aux dépens de tous les autres. La détérioration des échanges entre les individus en est la conséquence malheureuse.
L’envahissement de la télévision et des jeux multimédias dans la vie courante a réduit le temps des échanges humains.
L’obsession de l’apparence concentre l’intérêt du citoyen vers la consommation qui est devenue sa principale distraction. Cette consommation en vue de ressembler aux modèles médiatisés isole l’individu dans un rôle de mannequin solitaire.
L’idéalisation médiatique de la beauté et de la richesse considérées comme les qualités essentielles de la séduction nuit à la qualité des rencontres. Faute de richesse intérieure, la pauvreté des échanges dans les relations affectives contribue à fragiliser les unions amoureuses.
La division de la société en classe d’âge freine les échanges entre les générations. Elle est un facteur de solitude. Cette division résulte de stratégies commerciales afin d’améliorer leur emprise sur le marché. Elles créent artificiellement un sentiment d’appartenance à une classe d’âge autonome. Ce sentiment enferme les échanges à l’intérieur de ces classes. Les jeunes surdoués ou simplement matures éprouvent ainsi des difficultés à fréquenter des adultes expérimentés pour s’enrichir à leur contact, sous peine de suspicions douteuses. De même les personnes âgées sont ignorées du reste de la population et réduites au silence quand elles ne sont pas convoitées par des chaînes de maisons de retraites onéreuses où elles sont, de fait, cloîtrées. Ce confinement générationnel appauvrit l’ensemble des échanges de la société et réduit la liberté individuelle.
Par ailleurs, la faiblesse des investissements dans la réinsertion des délinquants conduit au surpeuplement des établissements pénitentiaires et les réduit à des lieux de temps perdus. La souffrance lancinante de la solitude des détenus n’est soulagée bien souvent que par leurs échanges d’informations délinquantes.
La solitude est à la fois un sous-produit de la culture de l’argent et un atout économique. Par compensation, la consommation devient l’activité culturelle principale confortant l’isolement du citoyen.



Le rapport de force et la violence
   
Dans la culture de l’argent, les lois naturelles et culturelles sont en compétitions. Le rapport de force et le rapport d’intérêt se disputent la place du fondement des relations humaines.
La recherche du profit individuel dans la culture de l’argent oppose entre eux tous les acteurs économiques dans une lutte acharnée. Même si les législations nationales et internationales en atténuent la rudesse, le rapport de force est le principal fondement des relations. Il est une des sources de la violence.
Les plus riches soumettent les plus faibles pour améliorer leurs profits, qu’ils soient travailleurs ou nations en voie de développement. Ce rapport de force facilite l’accumulation de l’argent qui à son tour renforce le pouvoir du possédant. Le rapport de force par sa logique, creuse inexorablement l’écart entre les riches et les pauvres. Ceux-ci pour défendre leurs intérêts sont tentés par le recours à la violence.
La culture de l’argent est confrontée à la contradiction d’une violence qu’elle secrète structurellement et d’un ordre public qui lui est indispensable pour son bon fonctionnement. Cette contradiction se manifeste par la condamnation et la répression de la violence dans la société et sa banalisation comme marchandise dans les médias. Le cinéma, la télévision et les jeux virtuels exhibent une violence obscène d’une façon totalement irresponsable. Elle est devenue l’une des plus importantes sources de plaisir populaires. Cette incohérence a pour effet de légitimer insidieusement la loi du plus fort de la morale de l’argent. Des générations de plus en plus jeunes assimilent cette loi. La violence gratuite, les viols, les hordes sauvages sont l’expression d’une jeunesse éduquée par les médias dont l’influence étouffe celle des parents.
Par ailleurs, la perception de la légitimité de la violence est influencée par sa valorisation dans la défense des plus faibles.
De plus, l’absence d’éducation morale fait le lit d’une société policière. La répression policière est le seul rempart contre l’anarchie quand la violence n’est pas maîtrisée par l’éducation.
Enfin, la dérive fasciste est de plus en plus manifeste dans les comportements et les arts. Les jeux télévisés exaltent symboliquement l’euthanasie par la valorisation de l’élimination des plus faibles au mépris de la solidarité. Au cinéma, la fascination des valeurs fascistes conduit les producteurs à financer des films où sont exhibés complaisamment le rapport de force, la puissance de la hiérarchie, l’uniforme, la glorification des chefs, la discrimination, le droit de tuer, les héros criminels et le nationalisme exacerbé. Pour tromper la morale traditionnelle, les scénaristes situent généralement leurs héros violents dans le camp du mal. Mais ce dédouanement est hypocrite car la violence constitue complaisamment la matière principale de ces films. La culture de l’argent structurellement nous conditionne insidieusement à vivre dans une société policière.
Cette fascination pour les détenteurs de la force est parfaitement visible dans la mode. L’attrait des tissus de camouflage militaire même s’il est un détournement de fonction, avec toute la charge symbolique qui l’entache, est un des nombreux signes de la réussite de ce conditionnement.
La morale de l’argent impose à la culture la loi de l’évolution de la nature, la sélection des plus forts. L’issue de l’affrontement entre la culture sauvage de l’argent et la culture de la vie est suspendue à la décision d’une politique d’éducation nationale lucide et efficace.



Le communautarisme

L’évolution sociale vers le communautarisme est une conséquence du rapport de force et de l’individualisme de la culture de l’argent.
La diversité culturelle caractérise les nations dont la culture dominante est accueillante. Les religions, l’immigration, les traditions et même les micros cultures de grandes écoles ou de secteurs économiques spécifiques créent des communautés que la culture dominante intègre du fait de la concordance de leurs valeurs avec les siennes. En revanche, lorsque ces cultures se côtoient avec des valeurs fondées différemment, on observe des frictions, des comportements de rejet et une tendance au repliement communautaire.
Les affinités ont toujours réuni les hommes dans des groupes car elles facilitent les échanges. Mais ce regroupement en communauté présente une limite d’efficacité sociale et économique. Lorsque ces communautés se referment sur elles-mêmes, on assiste à une détérioration globale des échanges. Les échanges s’amenuisent entre communautés. Cette détérioration s’observe d’avantage quand les communautés s’enivrent d’une volonté de puissance. Cette volonté conquérante de puissance économique, politique ou religieuse induit des comportements discriminatoires préjudiciables aux échanges intercommunautaires et crée un risque d’affrontement.
Le rapport de force dans la culture de l’argent prédispose à la ségrégation culturelle. Il stimule implicitement la création de micros cultures qui s’emploient à capitaliser un pouvoir d’influence pour l’unique profit du groupe afin de renforcer un rapport de force en sa faveur. Cette volonté de puissance discriminatoire perturbe les échanges légitimes. Elle affaiblit la vitalité et la capacité d’adaptation de la société. De plus, elle génère chez les membres des communautés lésées des comportements frustrants qui contiennent en germes la violence de demain.



L’économie libérale et ses nuisances

L’économie a pour fonction la production de biens et de services ainsi que l’organisation de leurs échanges en vue de protéger l’espèce humaine.
La mondialisation et la spéculation instantanée ont radicalisé l’évolution du rôle de l’économie dans le sens opposé à sa vocation. Le service que l’économie rendait à la population en répondant à ses besoins et qui justifiait son fonctionnement est passé au second plan. Le profit et avec lui le pouvoir de l’argent est devenu le principal enjeu de l’activité économique.
L’économie libérale sauvage est ainsi déconnectée de sa finalité d’origine. Elle ne joue plus un rôle protecteur de l’humanité en répondant à ses besoins. Son autonomie l’a fait exister pour elle-même. Elle n’est pas au service de l’espèce humaine. Au contraire, elle exerce sur les hommes un diktat qui exclut ceux qui ne la serve pas.
L’économie libérale conditionne à consommer des biens et des services souvent inutiles pour renforcer la puissance financière. L’utilisation abusive des forfaits et autres contrats qui poussent à la consommation par des tarifs incitatifs est exemplaire.
Le consommateur est enfermé dans un cercle vicieux. Il n’a pas d’autres choix que de travailler toujours plus, et pour soutenir l’économie, il doit faire preuve de civisme en obéissant aux injonctions des responsables politiques à consommer davantage sous le regard envieux des exclus.
L’économie libérale poursuit le destin de toute organisation autonome qui est de renforcer indéfiniment son existence. Elle existe pour elle-même au mépris des hommes et de l’environnement. Certes, le libéralisme a répondu à la satisfaction des besoins au de-là de toutes espérances. La consommation de masse confirme sa capacité à faire profiter à une vaste population des productions industrielles. Mais ces résultats s’obtiennent en épuisant les richesses naturelles de la planète et par une pollution dont tous les experts affirment qu’elle va rapidement et profondément modifier les conditions de vie de la biosphère. La disparition de nombreuses espèces vivantes devrait s’amplifier tandis que l’espèce humaine pourrait bien à terme rêver au passé comme d’un paradis perdu tant il risque de souffrir de cette évolution.
L’optimisme des libéraux suscité par la perspective des nouveaux marchés dus à l’élévation du niveau de vie de pays très peuplés en voie de développement plonge les écologistes dans l’effroi. L’industrialisation de ces pays annonce une pollution catastrophique.
Les peuples conditionnés sont les spectateurs passifs de leur déclin qu’ils préparent activement par leur volonté effrénée de consommer. La consommation de marchandises industrielles est la raison de vivre de nos contemporains. Le plaisir fugitif qu’elle procure exaspère l’avidité d’un bonheur jamais atteint. Il entraîne l’individu dans une démarche d’achat compulsive. Le cycle production, pollution, consommation, pollution voit son rythme s’accélérer. Il fait naître une frustration que la culture de l’argent entretient.
En organisant le pillage de la planète et en fonctionnant dans le mépris d’une grande partie de l’espèce humaine, l’économie libérale avec ses règles actuelles, conduit l’humanité vers des lendemains difficiles.
Lorsque le rapport de force est la règle, la défense des intérêts vitaux représente un risque de confrontation violente entre les nations. La pénurie des matières premières ainsi que de la pression migratoire des régions appauvries s’amplifient dans la culture de l’argent. Dans les décennies à avenir, la morale de l’argent ne sera pas le meilleur système de valeur pour éviter les conflits destructeurs.



L’axe du mal

Pour les défenseurs de la culture de l’argent, le Mal désigne les comportements qui nuisent au bon fonctionnement du marché planétaire. Ils combattent ainsi les situations de monopole, les régimes politiques qui limitent la liberté d’échange et le terrorisme dont la violence se manifeste en dehors du droit international et nuit aux échanges commerciaux par l’insécurité qu’il génère.
L’argument moral qui  légitime aux yeux des libéraux cette conception du mal repose sur la capacité du libre-échange à pacifier les relations internationales. Si cette pacification est incontestable, elle s’impose aux prix de nuisances qui hypothèquent notre avenir.
Cette nuisance s’exprime notamment par la discrimination entre les individus. Le libéralisme exprime ainsi un souverain mépris envers les hommes. L’efficacité du moteur économique est préférée à la protection humaine. Autant le libéralisme protège la vie des acteurs du marché avec une efficacité jamais atteinte dans l’histoire, autant il abandonne froidement les exclus dans le désespoir d’un cynique abandon.
La conception du mal chez libéraux n’est pas celui de la morale de la vie. L’axe du mal désigné par un ancien Président des Etats-unis sépare les nations entre elles, tandis que l’axe du mal de la morale de la vie traverse de part en part toutes les nations.
Pour les libéraux, selon le type de régime économique appliqué, le pays se situerait dans le camp du bien ou du mal. Cette conception s’oppose à celle des traditions humanistes des différents courants religieux, philosophiques et politiques qu’on observe à l’intérieur de tous les pays. On y observe que les bonnes et les mauvaises traditions se côtoient. Rares sont les pays qui ne profitent pas des actions humanistes d’organisation altruistes opérant sur leur territoire. L’aspiration au respect de l’homme a motivé la création de nombreuses organisations de bénévoles. Celles-ci s’emploient dans tous les domaines à réduire désespérément les ravages causés par la culture de l’argent. L’énergie qu’elles déploient démontre que ce ne sont pas tant les nations qui sont critiquables que leur organisation économique dominante. Les citoyens subissent leur régime économique alors qu’ils n’en partagent pas forcément les valeurs.
Ainsi, l’axe du Mal traverse tous les pays libéraux y compris les Etats-Unis. L’irresponsabilité des défenseurs de la culture de l’argent perpétue à travers le libéralisme sauvage la domination des plus forts sur les plus faibles. Les partisans de la culture de l’argent sont de fait dans le même camp que les terroristes. Certes leurs nuisances se présentent rarement sous une forme aussi brutale et sanglante. Mais leurs conséquences, moins visibles sous l’effet d’une dilution des responsabilités dans l’organisation économique, ont des répercutions désastreuses sur la vie de millions d’hommes. Les défenseurs de la culture de l’argent, au sein de leur propre pays participent à côté des terroristes à la destruction de la vie. Si l’on veut parler d’axe du mal, il apparaît évident qu’il traverse de part en part tous les pays.



L’argent dans l’économie libérale

L’argent est le sang de l’humanité. Il est une liquidité qui irrigue le tissu économique, un support indispensable à la réalisation des échanges économiques. Sa carence rend exsangues des régions entières sans perspective de développement.
Dans l’économie actuelle, l’argent circule dans quatre circuits distincts, aux fonctions spécifiques.
Le premier est constitué par les flux entre les producteurs et les consommateurs. Avec les revenus du travail et les dépenses de consommation, les acteurs économiques satisfont leurs besoins propres. Ces échanges s’autorégulent par le marché grâce à la liberté des acteurs.
Le deuxième circuit est celui de la fiscalité. Il a pour mission, en prélevant une partie des flux du premier circuit, de faire fonctionner les services publics et de réaliser les investissements qu’ils exigent.
Le troisième circuit est alimenté par l’épargne. Il se présente comme un réservoir financier dans lequel puisent les acteurs économiques à l’aide d’emprunts. Ce circuit sert d’accélérateur du circuit primaire en le suralimentant grâce aux prêts.
Enfin, le dernier circuit est celui de la spéculation. À l’image d’une centrifugeuse, l’économie expulse inexorablement une partie des flux du premier et du troisième circuit vers celui de la spéculation. L’argent accumulé y circule sans produire de valeur. Ce circuit accapare une masse financière en augmentation constante en asséchant le circuit primaire.
Ce circuit de la spéculation financière sera très difficile à réformer du fait qu’il est aux mains des financiers dont le pouvoir semble au-dessus du celui des gouvernants. Pourtant, les règles du jeu de la spéculation sont dénoncées par bons nombres de spécialistes. La crise de 2009 a confirmé leur prédiction.
La spéculation détourne l’argent de sa mission d’échange vers un pouvoir dont la seule finalité est sa croissance infinie. Ce pouvoir fou perturbe l’économie.  Par son indépendance de la réalité économique et de tout projet moral, l’argent se joue de la valeur du travail humain, réduit à une marchandise. L’influence exagérée sur les biens de production dans la cotation boursière des émotions de quelques opérateurs  ou de leurs stratégies cyniques, souligne le mépris dans lequel le travail est perçu. La valeur du travail dépend ainsi de stratégies qui excluent toute notion protectrice du citoyen et de la société. La capitalisation est aujourd’hui un phantasme quasi mystique qui obsède les individus moulés dans la culture de l’argent. La dévotion envers la richesse n’a d’égal que l’indifférence envers les vies exploitées et sacrifiées sur l’autel du profit.
Dans l’économie libérale, l’argent irrigue très inégalement les populations. En revanche, il circule abondamment entre les varices spéculatives sans passer par le corps social. Ainsi, la valorisation des entreprises par le marché financier est rarement en correspondance avec leur valeur réelle. Les délais, entre les investissements et les bénéfices, gages d’une nouvelle capacité à produire, font fuir les spéculateurs avides de profits immédiats. Cette désaffection a pour effet d’affaiblir les entreprises au moment où elles ont le plus besoin d’être épaulé. La morale de l’argent en détournant la fonction de l’argent en tant qu’outil d’échange entre les acteurs économiques, court-circuite l’économie réelle. Elle le perturbe au point de le rendre incapable malgré toute la richesse produite, de subvenir aux besoins des populations. Cette perversion hypothèque un avenir serein de l’humanité.



L’autonomie idéologique du moteur libéral

La divergence des fondements moraux entre la morale de l’argent et la morale de la vie se cristallise dans la spéculation. L’organisation des flux financiers dans la culture de l’argent est en parfaite cohérence avec son fondement moral. Plutôt que de lutter contre cette morale qui est la racine du mal, les opposants humanistes ont tendance à rejeter en bloc le moteur économique libéral. Leur attitude s’apparente à un fanatisme aveugle. Ils refusent d’imaginer l’avenir à partir de la réalité du présent. Ils manquent de souplesse pour envisager son évolution. Le moteur économique libéral caractérisé par un certain nombre de valeurs est certes une création de  l’idéologie libérale. Mais, aujourd’hui, il a atteint une maturité qui le rend autonome, indépendante des idéologies. Ses valeurs fondamentales sont celles de la morale de la vie : liberté, autonomie, initiative individuelle, diversité, l’autorégulation, etc. Son asservissement actuel à la culture de l’argent est le fruit de l’histoire. Il tire son sens moral de l’idéologie libérale. En changeant son sens moral par l‘éducation à la morale de la vie de ceux qui participent à son fonctionnement, on verrait émerger de nouvelles règles qui encadreraient ce moteur pour l’orienter vers la protection plutôt que l’accumulation.
L’obstacle au consensus nécessaire à l’émergence d’une conscience politique progressiste n’est autre que la morale de l’argent. Il devient urgent de briser l’emprise de cette morale par l’éducation et l’enseignement de la morale de la vie. L’évolution réaliste du moteur économique libéral se fera dans la douceur si les acteurs adhèrent à la morale de la vie. En revanche, avec la morale de l’argent, l’humanité sera confrontée à des crises récurrentes. Au pied du mur, elle n’aura pas d’autres choix que de gérer ces crises avec la brutalité et l’injustice qu’exigera l’urgence. Le peuple supportera une souffrance qui ne sera pas partagée par les intouchables de la finance.



La propriété

Le fondement de la Morale de la vie nous rappelle que toutes les inventions humaines qu’elles soient d’ordre artistique, politique, économique ou juridique, n’ont aucune autre raison d’exister que la protection directe ou indirecte de toutes les vies humaines et de leur descendance.
Le droit à la propriété obéit ainsi à des règles inventées pour que l’usage de bien ne soit pas le résultat d’un rapport de force dont la violence sauvage nuirait à l’ordre public.
Dans la culture de l’argent, la propriété est acquise par l’effort individuel et transmise en partie aux descendants. Cette règle a participé à la stabilité de l’ordre sociale mais avec pour effet pervers un renforcement des écarts de richesse.
Dans sa pratique actuelle, le droit à la propriété conduit vers l’exclusion d’une partie de la société car ce droit n’est pas égal au droit au travail. La propriété est un droit inaliénable à l’opposé de celui du travail qui n’est qu’une marchandise dont la valeur dépend du marché. Le droit au travail prévu dans la constitution est en réalité vécu comme un simple privilège. Cette situation a pour conséquence un déséquilibre grandissant dans la répartition des richesses. Le capital est garanti au contraire du travail portant nécessaire à l’accumulation. Le capitaliste est mieux protégé que le travailleur.
Les conséquences morales de ce déséquilibre sont aggravées par l’idée que la propriété est un droit qui exclut toute responsabilité que confère le pouvoir qu’il représente. Les propriétaires peuvent concentrer entre leurs mains un potentiel de protection sans commune mesure avec  leur propre besoin.
La notion actuelle de propriété est au cœur d’une confusion entre l’usufruit et la propriété. Il serait légitime de penser que chaque homme soit co-propriétaire de l’univers accessible à l’espèce humaine. Évidemment, la diversité des compétences et des projets de vie individuels ne justifierait pas d’accorder à chacun le même pouvoir d’usufruit de cette propriété. Le moine, l’illettré, l’artiste, le scientifique et l’homme d’affaire ne sont pas animés des mêmes ambitions personnelles et ne possèdent pas les mêmes compétences de gestion. L’usufruit pour chacun d’eux ne mérite pas d’être égale, sous peine de gaspillage.
Par ailleurs, dans la culture de l’argent, la propriété accorde un droit d’usage de la fortune dans une totale liberté, assorti d’aucun devoir moral dans une totale incohérence avec le fonctionnement durable des sociétés. L’absence de responsabilité morale chez le propriétaire d’une fortune lui attribue de fait indirectement un droit de vie ou de mort sur les populations qui sont privées du surplus de richesse réuni entre ses mains. Ainsi l’insouciance du propriétaire maintient des vannes financières fermées sur lesquelles il dispose d’un pouvoir absolu qui est aussi légal qu’illégitime. En privant des tissus économiques d’une irrigation financière vitale pour leurs populations, il s’octroie une supériorité qui établit une relation de type maître à esclave, pourtant dénoncée dans la déclaration des droits de l’homme.
L’organisation financière et économique dans la culture de l’argent favorise l’accumulation de fortune individuelle en incohérence avec le projet de survie de l’espèce humaine. La définition actuelle de la propriété légalise la non-assistance à personne en danger.
Dans la Morale de la vie, l’usufruit  accorde à chaque individu un usage des biens en fonction des compétences qu’il sait démontrer. Il est assortis d’une responsabilité de gestion que lui donne la co-propriété de son bien avec le reste de l’humanité.



Rémunération et valeur morale du travail

Le travail remplit la double fonction de produire des biens et des services utiles à la collectivité et d’offrir au travailleur une rémunération en vue de sa protection et de celle de sa famille.
Dans la culture de l’argent, le montant de la rémunération n’est pas déterminé par la valeur protectrice des produits ou des services engendrés par le travail, mais par celle que lui accorde le marché. Le rapport entre l’offre et la demande fixe les prix aussi bien des marchandises que des rémunérations, tout au moins dans le secteur privé.
Un travail représentant un haut niveau de valeur protectrice, sans profit commercial immédiat espéré, reçoit une rémunération beaucoup plus faible que celui dont le produit est une œuvre superficielle mais générant beaucoup de profit. On constate ainsi un déséquilibre flagrant entre les rémunérations des productions utiles et celles des productions superficielles. Les revenus des stars ne correspondent ni à la compétence ni à l’utilité protectrice de leur production. Ce déséquilibre est visible sur  le marché du travail où les vocations aux métiers utiles sont moins nombreuses que les vocations vénales.
L’organisation économique fonctionne comme une société oligarchique. Dés lors qu’on s’approche du pouvoir financier, on voit les privilèges écarter les lois générales communes au peuples. Ainsi les traders sont chouchoutés à coup de millions de dollars et les revenus exorbitants des dirigeants des grandes entreprises sont affranchis de la loi du marché. Ces rémunérations injustifiables moralement sont réservées à une élite fermée. Leur niveau de rémunération semble déterminé par une classe de type aristocratique maîtrisant les leviers du pouvoir, imbue de sa supériorité.
L’argent dans cette culture ne joue pas un rôle favorisant le travail protecteur. Bien au contraire, les valeurs  morales dans cette culture stimulent les activités à profit ainsi que l’exhibition de la puissance, dédaignant celles qui touchent à la protection de la vie de l’individu, de son épanouissement et de la pérennité de l’espèce humaine.