23 - Le marché créateur de valeurs morales

Publié le par Ya Santal

DSC01140.jpg


  La culture de l’argent a créé ses propres valeurs, morales et culturelles. Le marché, par l’intermédiaire des médias, s’est substitué aux églises pour promouvoir ces nouvelles valeurs.
  Le marché par le canal de la publicité exerce puissamment son influence sur le consommateur. La valorisation des marques par leur association aux valeurs morales traditionnelles fait glisser celles-ci sur les marques elles-mêmes. Ce glissement se poursuit sur celui qui les arbore. Le logo devient un signe distinctif de valorisation personnelle aux yeux des autres. Cette reconnaissance est d’autant plus forte que le coût des produits de marque est élevé. Il s’établit ainsi une hiérarchie quasi aristocratique entre les consommateurs. Le logo et le prix en sont les signes distinctifs qui situent le niveau d’appartenance dans cette hiérarchie. Ils sont les valeurs morales elles-mêmes puisqu’il suffit de les arborer pour susciter une admiration que l’on portait auparavant aux valeurs d’origine.
  La culture de l’argent pervertit les valeurs en les vidant de leur sens moral et en ne gardant que l’apparence.
  La valeur morale dans cette culture n’est plus une qualité protectrice mais un signe de discrimination par la richesse.
  Les valeurs culturelles sont celles dont les qualités favorisent le profit. Ainsi la valorisation de certaines catégories de la population ne repose plus sur la richesse de leurs échanges immatérielles, généralement liée à l’expérience et l’ancienneté, mais sur le potentiel de profit qu’elles représentent.
  Lorsque les entreprises découvrirent le marché de la jeunesse, l’enfant est devenu roi. On lui attribua toutes les qualités et fut élevé au sommet de la hiérarchie des valeurs de l’age.
  La jeunesse bénéficie aujourd’hui des privilèges de cette situation. Elle est admirée, intouchable, influente, enviée, imitée. Elle influence les adultes dont le sens critique est dévalué. Incitée par les médias, elle pousse la famille à la consommation. Elle est devenue une courroie de transmission efficace entre les entreprises et le portefeuille des parents.
  L’ignorance des jeunes et leur faculté d’assimilation propre à leur age en font des acteurs économiques manipulables. Ils représentent un pouvoir d’achat considérable par leur influence sur les dépenses familiales. Par leur intermédiaire, toute la société est soumise aux politiques commerciales des grands groupes dont la fin est l’accroissement infini de leur puissance.
  Le marché, en dévalorisant l’expérience, la connaissance et la sagesse apportées par l’age, infantilise la société. Il jette sur la vieillesse le voile de la honte et le mépris du don de leur vie.
  En revanche, quand les retraités sont aisés, ils sont à leur tour courtisés et réévalués tandis que les plus démunis d’entre eux sont condamnés à vieillir dans la solitude et à mourir dans la discrétion.
  Même lorsque le troisième age est perçu comme un marché prometteur, leur reconnaissance est inférieure à celle des jeunes dont l’immaturité en fait des consommateurs plus influençables.
Le marché n’a pas d’état d’âme. Son moteur est le profit. Ses valeurs piétinent l’humanisme des valeurs traditionnelles.
  Le marché produit des valeurs discriminatoires envers les minorités. Il s’oppose à l’un des fondements de la vie qui est la diversité.
  La nécessité de toucher de larges marchés pousse les médias à valoriser la normalité statistique. Le cinéma et les magazines influents ne montrent essentiellement que des comportements sociologiques et des profils psychologiques majoritaires ou considérés comme tels. Ce matraquage en les valorisant, jette le discrédit sur les minorités. Une discrimination de fait est propagée. Elle favorise une attitude de réserve envers la différence. Même si la loi tente de les défendre, dans la vie quotidienne les minorités sont marginalisées, voire pour certaines d’entre elles, culpabilisées. Le marché crée une hiérarchie de valeur reposant sur la statistique comportementale et psychologique majoritaire.
  Dans la culture de l’argent, heureux celui qui est hétérosexuel, marié avec enfants, riche ou jouissant d’un emploi, amateur de produits de marques, fan du sport national, sympathisant de la religion dominante et d’une peau couleur locale car il est considéré comme normal. Il échappe ainsi à toute discrimination.
  La morale de l’argent détruit la valeur de l’effort.
  Par la valorisation morale de la richesse, le marché dévalorise le travail en suscitant l’aspiration à la fortune facile et rapide. Les stars richissimes, les entrepreneurs aux fortunes fulgurantes, les sportifs surpayés, les gagnants des jeux de hasard, les escrocs de haut vol chanceux, tous ces bénéficiaires du marché sont au sommet de l’admiration dans les médias. Les chercheurs scientifiques et les professions médicales notamment si importantes pour la protection de la vie sont oubliés, voire méprisés. Le marché a ainsi créé une hiérarchie de valeur de reconnaissance par le gain financier et non par l’apport protecteur. Sur cette échelle, les assistés rusés sont mieux placés que les travailleurs courageux qui gagnent moins qu’eux.
  Le marché libéral détruit la vie au profit de la rentabilité. Il exerce une si forte pression sur la rentabilité des entreprises que leur valorisation financière s’effectue de plus en plus couramment au mépris de leur pérennité dans l’indifférence des travailleurs. Les investissements pour lutter contre la pollution et le gaspillage humain sont délaissés au profit de ceux qui améliorent la rentabilité.
  La morale de l’argent dévalorise le monde réel au profit du monde virtuel. Les jeux vidéo, l’Internet, la télévision, les jeux de hasard, la consommation d’avatar d’animaux domestiques et bientôt d’êtres humains, sont des sources de plaisir qui occupent un temps journalier toujours plus long. Les entreprises commercialisent le rêve, incitant le consommateur à fuir la réalité et le conditionnant ainsi à l’addiction au monde virtuel.
  Ce désintérêt pour la réalité prive l’individu de la principale source de connaissance, le plonge dans l’ignorance, le prive d’esprit critique, le conduisant à confondre conditionnement et liberté. Il devient un simple instrument de consommation manipulé par une hiérarchie économique dominée par la bourse.
  En améliorant la cohérence de la culture de l’argent par la création de ses propres valeurs morales, le marché renforce la domination de cette culture sur le peuple aliéné.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article