MORALE LAÏQUE en 9 leçons. 8ème leçon : L'ÉDUCATION ET L'ENSEIGNEMENT DE LA MORALE. (8mn)

Publié le par Guy PROUIN

 


 

Nous avons vu dans la précédente leçon l’importance du sens moral dans la vie quotidienne. Nous allons voir aujourd’hui que ce sens moral s’apprend. On ne naît pas avec le sens moral. Même si un terrain génétique peut être plus moins favorable à l’émergence de ce sens, l’éducation est absolument nécessaire pour que les enfants deviennent des adultes civilisés.

À sa naissance, l’être humain doit tout apprendre pour espérer survivre.  L’énergie de cette survie : c’est la pulsion de vie qui anime les comportements en vue de la satisfaction des besoins vitaux et de la recherche du plaisir.

Si le désir de la survie individuelle est naturel, car d’origine biologique du à une programmation génétique, il en va autrement du désir de la survie collective dont dépend, en réalité, l’intégrité de chacun. Ce désir altruiste n’est pas naturel car il s’oppose à l’instinct de conservation qui anime l’individu d’abord vers son seul intérêt.

 L’homme au contraire des animaux ne peut pas compter sur son instinct de survie et ses armes naturelles, pour assurer sa protection. Il doit faire appel à son intelligence pour se protéger. Une intelligence qui lui a fait comprendre qu’il serrait mieux protégé s’il passait un contrat de non-agression et de protection réciproque avec ses congénères. L’adhésion à ce contrat n’est pas donnée à la naissance, elle s’apprend par l’éducation et l’enseignement.

 

Qu’est-ce que l’éducation ? Comment éduquer ?

L’éducation est un conditionnement par la répétition à la pratique de comportements moraux. Reçue dans la prime enfance, elle constitue un conditionnement pour une pratique ultérieure de la morale avec un effort d’autant plus réduit que l’éducation aura été rigoureuse. À l’age adulte, une bonne éducation permet une pratique de la morale aussi naturelle  et sans effort que celle de la langue maternelle. Le conditionnement a pour fonction de muter les contraintes du devoir en un plaisir toujours renouvelé.  L’assimilation précoce des valeurs structure l’individu pour le restant de sa vie en lui donnant un sens moral potentiel quasi définitif. Certes, elle n’est pas une garantie de son adhésion tout au long de la vie. Si la capacité à les appliquer reste le plus souvent acquise, le sens moral peut en effet évoluer en fonction des aléas de la vie. Toutefois, une bonne éducation creuse une sorte de sillon qui y attire les roues de la vie, lesquelles viennent s’y caller naturellement. Ainsi, on observe qu’à l’adolescence, profitant de sa dépendance matérielle et de l’irresponsabilité de sa condition de mineur, du fait d’une autonomie en cours d’acquisition, malgré une bonne éducation, le jeune invente souvent des comportements affichant une indépendance sous forme de provocation. Celles-ci, parfois à la limite de la délinquance, cessent, dès lors que le jeune, devenu adulte, est placé en situation  de se prendre en main face à la réalité de la vie.  C’est à ce moment-là que les valeurs souterraines acquises, mais oubliées dans la pratique, refont surface. Éloigné de toutes formes de pression familiale, le jeune adulte se trouve confronté aux choix immenses que lui offre sa liberté de majeur. Faute d’alternative précise et pour éviter le stress d’une démarche vers l’inconnue, le jeune adulte choisit les options les plus en accord avec lui-même, celles qu’il a acquises par son éducation. En effet, la transgression d’une valeur intime perturbe profondément l’équilibre personnel dans une situation de responsabilité. On sait qu’une personne honnête se rend malade à l’idée de voler même par nécessiter. Le jeune adulte suivra donc la pente qui exige le moindre effort, celle que les valeurs acquises dans l’enfance auront tracée. Après les avoirs expérimentés dans la vie, il ne tardera pas à les revendiquer avec la même vigueur qu’il déployait à l’adolescence pour s’y opposer.

Mais l’éducation n’est pas suffisante pour former un homme libre, et  respectueux de son espèce.

L’expérience démontre qu’une bonne éducation est souvent insuffisante pour atteindre un plein épanouissement individuel. C’est pourquoi il est nécessaire de lui associer la connaissance intellectuelle de la morale. Elle apportera les outils pour la maîtrise de comportements appropriés dans des situations particulières et pour éviter de s’enfermer dans des dilemmes inutiles.

La première fonction de l’enseignement de la morale est certainement de faire découvrir la légitimité d’un conditionnement dont l’enfant pourrait se sentir victime ou contester l’intérêt.

La deuxième fonction est de fournir les armes pour rectifier une éducation imparfaite donnée par des éducateurs mal formés ou par un environnement corrompu qui ancre des comportements inadaptés. La prise de conscience de ces imperfections par les inconvénients qu’elles entraînent peut donner l’envie de les corriger. Mais ce désir d’évolution bute généralement contre un sentiment de culpabilité qui fait hésiter à poursuivre l’effort. Ce sentiment survient dès lors que l’on tente de se comporter en opposition avec les conditionnements ancrés au plus profond de soi. L’appel à une théorie de référence est alors indispensable si l’on veut s’opposer à un défaut de conditionnement moral. Cette référence sert de guide, conforte la volonté et permet des ajustements de comportements en évitant les égarements. Face au doute qui paralyse l’individu lorsque son éducation lui semble inadaptée dans certaines situations de la vie, la connaissance intellectuelle de la morale de la vie est la parade à la souffrance et au fourvoiement. La maîtrise de la théorie de la morale de la vie lui suggérera des solutions pragmatiques pour pallier  les erreurs de l’éducation en le libérant de choix apparemment cornéliens.

Ainsi au conditionnement de l’éducation, il paraît essentiel d’associer un enseignement intellectuel de la morale laïque qui servira de référence soit pour confirmer l’intérêt du conditionnement soit pour s’affranchir sereinement des conditionnements inappropriés grâce à l’analyse que la raison autorise. Par ailleurs, la connaissance intellectuelle, au contraire du conditionnement, permet de distinguer les moments singuliers où un comportement généralement considéré comme immoral se transforme en qualité morale. Ainsi, le mensonge se mute en valeur morale quand il sert à sauver des vies. Sans cette connaissance, l’ignorance peut faire oublier l’ultime projet et conduire à se comporter en toute bonne foi, en ennemi de l’espèce à l’instar des extrémistes. La hauteur de vues que donne la connaissance intellectuelle de la morale, apporte une lucidité qui conforte le sens moral. Elle réduit la soumission fanatique à sa propre culture. Elle évite la sclérose culturelle par la capacité d’adaptation indispensable à la protection de la vie.

Dans la prochaine leçon, nous verrons que l’absence d’éducation conduit vers le déclin des sociétés.

En attendant, mobilisez vous pour que la morale laïque devienne la norme morale dans l’éducation.

Soyez heureux car c’est bon pour la santé.

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